que la seule connaissance, l’âme ne goûterait alors ni plaisir ni joie. Or, s’ils lui reconnaissent plaisir et joie, ils admettent par là même l’existence de l’amour ; l’âme se voit donc dotée de deux facultés : la première est celle de la science et de la perception, la seconde celle de la volonté et de l’amour. L’âme n’atteint la perfection que lorsque ces deux facultés accèdent, l’une et l’autre, à leur achèvement. Leur prétention selon laquelle la perfection résiderait dans la seule science est donc caduque, tout comme le serait l’affirmation que la perfection de l’âme tiendrait à la seule puissance ou à la seule volonté.
La perfection ne s’obtient qu’au moyen du savoir, de la puissance et de la volonté — dont la racine est l’amour — et, puisque l’homme se délecte de la connaissance, il faut nécessairement qu’il existe un amour pour l’objet qui lui procure ce délice.
Il arrive ainsi que l’objet connu soit aimé, de sorte que l’on se délecte de sa connaissance et de son évocation, comme les croyants se délectent de la connaissance d’Allah et de Son rappel, et même du rappel des Prophètes et des vertueux. C’est pourquoi l’on dit : « À l’évocation des pieux, la miséricorde descend », en raison de ce qui s’opère dans les âmes, telles des vibrations vers l’amour du bien, le désir ardent qui s’y rattache, la joie, le bonheur et la douceur qui en résultent. Quant aux notions universelles, l’âme aime les connaître pour l’embrassement global qu’elles procurent et qui la conduit à la connaissance des réalités particulières.
Parfois encore, c’est à travers le savoir que l’on repousse les ambiguïtés qui s’opposent à son bien-aimé : il se peut qu’on aime une chose alors que l’on a appris à son sujet des éléments qui la contredisent, occasionnant douleur et maladie du cœur faute de savoir que ces ambiguïtés peuvent disparaître. Lorsqu’on acquiert la science qui les dissipe, on éprouve une immense délectation. D’autres fois, on a besoin de cette connaissance pour en retirer un avantage ou écarter un dommage ; cela est fréquent et notoire.
En revanche, lorsqu’il n’existe aucun objet aimé et que la chose connue est, au contraire, abhorrée, sa représentation cause à l’âme douleur et non réjouissance ; on ne saurait donc prétendre que toute connaissance procure plaisir. Eux-mêmes l’admettent et affirment que le plaisir n’est autre que la perception de ce qui est conforme, mais ils se contredisent aussitôt en limitant le plaisir à la seule connaissance de l’existence absolue.