quand on dit qu’Il est, de toute éternité, nécessitant par Sa propre essence, il s’ensuit que l’ensemble de ce qu’Il nécessite doit exister dès l’éternité ; dès lors, aucun événement ne pourrait advenir, ce qui contredit l’évidence sensible.
Et si l’on prétend que Son influence est subordonnée à un événement distinct de Lui, la question de la survenue de cet événement est identique à celle qui se pose pour les autres, de sorte qu’il est impossible qu’il émane de Lui. Il résulte donc qu’ils sont conduits à admettre que les faits contingents n’ont pas de créateur, quel que soit le détour qu’ils empruntent ; ils se voient, en outre, contraints de reconnaître qu’Il n’est pas nécessaire par essence, car l’Être nécessaire par essence doit, à tous égards, se passer de toute aide extérieure. Or, s’Il dépend d’autrui pour agir, Il n’est plus indépendant à tous égards ; plus encore, si Son acte est un attribut inséparable de Son essence mais demeure subordonné à un tiers, les attributs mêmes de Son essence deviennent tributaires d’autrui. Comme il est impossible que le support existe sans la conséquence, l’existence de Son Essence dépendrait alors de cet autre, et ce qui dépend d’autrui n’est pas nécessaire par soi. Leurs propos impliquent donc qu’Il n’est ni nécessaire par essence, ni créateur de quoi que ce soit, ni par nécessité ni autrement.
De plus, si Son Essence ne suffit pas à faire surgir les événements, Elle aurait, dans l’ordre des événements, besoin de quelque chose de purement inexistant, car il est impossible que les faits contingents proviennent d’un autre que Lui. Or, si l’on tient pour impossible qu’Il dépende d’un être existant autre que Lui, Sa dépendance envers un non-être est, a fortiori, encore plus impossible, puisque le néant ne saurait être cause ni même partie d’une cause effective.
Ils allèguent encore qu’ils affirment la prééternité du monde afin d’écarter toute association à Allah : en effet, disent-ils, si Son action se réduisait à Sa seule Essence, indépendante dans l’acte, l’action serait nécessairement éternelle ; si, au contraire, l’action advenait dans le temps, elle dépendrait d’autrui.