Le propos ici est que le bonheur – qui constitue la perfection de l’allégresse, de la joie et de la délectation – n’est pas, en lui-même, la science, et il ne s’obtient pas par la seule acquisition du savoir ; la science n’en est qu’une condition indispensable. Il est impératif, en effet, de connaître Allah et Son ordre, comme l’a dit le Prophète – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – dans le hadith unanimement authentifié :
« Celui à qui Allah veut du bien, Il l’instruit dans la religion. »
Ainsi, quiconque Allah veut gratifier de bien, Il le dote nécessairement de compréhension religieuse ; celui qu’Il ne gratifie pas de cette compréhension, Il ne veut pas son bien. Toutefois, toute personne douée de compréhension religieuse n’est pas, pour autant, voulue pour le bien ; car, à la compréhension du dîn doit s’ajouter la mise en pratique. Le fiqh dans la religion est donc une condition pour accéder au succès ; il faut connaître le Seigneur – exalté soit-Il – et, à cette connaissance, joindre Son adoration. La félicité et la délectation résultent de cet ensemble, sans toutefois s’y confondre. Ils se sont trompés sur ces deux aspects – et cela, quand bien même leur conception de la science serait juste et suffisante ; que dire, alors, quand la réalité contredit leur prétention !
C’est pourquoi certains musulmans ont affirmé : « La foi est parole, acte et conformité à la Sunna. » Or, ceux-là ont exclu l’acte et n’ont pas observé les prescriptions des Prophètes ; ils ne possèdent qu’une forme de discours, insuffisante en soi et entachée d’erreurs. Ils prétendent que la perfection de l’âme consiste à devenir un monde intelligible correspondant au monde existant. De là, ils se sont divisés quant à sa subsistance après la mort en trois opinions, toutes trois attribuées à al-Fârâbî :
– Certains soutiennent que subsistent aussi bien l’âme savante que l’âme ignorante, comme l’affirment Ibn Sînâ et ses semblables ;
– d’autres disent que seule subsiste l’âme savante, parce qu’elle perdure par la permanence de ses connaissances, tandis que l’ignorante – dépourvue de connaissance durable – ne subsiste pas ;
– d’autres enfin avancent que toutes deux périssent à la mort ; telle est l’opinion des négateurs absolus, parmi eux et parmi d’autres, qui renient la résurrection des corps aussi bien que celle des âmes, ou renient la résurrection