Ils s’imaginèrent que cela constituait la perfection même, et leur égarement à cet égard figure parmi les plus grands, pour plusieurs raisons : d’abord, parce que la perfection ne réside pas dans le seul savoir ; ensuite, parce qu’ils n’ont pas reconnu à l’âme de surplus de connaissance ; de plus, le savoir qu’ils lui attribuent ne suffit pas au bonheur ; enfin, ce qu’ils considèrent comme savoir comporte une part d’ignorance qui en contredit le contenu. Ainsi, une grande partie – voire la majeure – de leurs propos en matière de divinités n’est qu’ignorance, non sciences.
L’objet de cette section est qu’ils n’ont reconnu à l’âme, après la séparation [d’avec le corps], aucune perfection relevant de l’amour et de la volonté, mais seulement relevant du savoir ; puis ils ont commis une autre méprise : ils ont réduit le plaisir au simple savoir.
Nous l’expliquons : sixième point : le bonheur – c’est-à-dire le plaisir, la béatitude et la joie que l’âme tire des connaissances qu’elle acquiert – n’est pas le savoir lui-même ; il s’agit plutôt d’une réalité qui survient sous condition du savoir : le savoir en est la condition, non la cause efficiente, et à plus forte raison il n’est pas identique à lui. Ces gens se sont donc trompés à deux égards : premièrement, ils ont cru que le simple savoir le produisait nécessairement ; deuxièmement, ils ont identifié le plaisir à la perception et au savoir, affirmant que « le plaisir est la perception du convenable en tant qu’il est convenable ».
Ceci est erroné : le plaisir n’est pas la perception même, mais ce qui survient après la perception. L’homme, par exemple, désire un aliment, le goûte, puis s’en délecte : le plaisir n’est pas la dégustation, mais naît grâce à la dégustation. De même, les diverses catégories qu’ils nomment perception – l’ouïe, la vue, la connaissance ou le toucher – ne sont pas le plaisir, mais en sont la cause ; car entendre un son harmonieux