et qu’aucun objecteur ne s’y est opposé ; ce récit s’apparente d’ailleurs davantage aux traditions rapportées qu’aux spéculations rationnelles. Entreprenons donc son examen.
Je dis :
La parole : « Nul ne les a contredits en cela » – il ne l’a exprimée qu’en fonction de sa science et de ce qu’il avait pu consulter ; ou bien il visait les philosophes renommés qui ont composé selon la méthode d’Aristote en logique, en physique et en métaphysique, tels que Proclus, Alexandre d’Aphrodisie, Thémistius, al-Fârâbî et Ibn Sînâ. Quant aux dissensions attribuées, dans les ouvrages de doctrines, aux anciens philosophes à propos de cette opinion, elles se trouvent dans de nombreux livres ; seulement, ces derniers n’ont pas rédigé d’ouvrages selon cette méthode. De fait, la doctrine d’Aristote ressemble à celle des imams du fiqh – Abû Ḥanîfa, al-Shâfiʿî, Mâlik et Aḥmad –, bien que d’éminents savants tels qu’al-Awzâʿî, al-Layth ibn Saʿd, al-Thawrî et Isḥâq ibn Râhawayh divergent d’eux sur de nombreux points. Ainsi, quelqu’un pourrait dire : « Personne ne s’est opposé à ceux-là », entendant par là : dans les ouvrages célèbres composés selon leurs écoles. Or, les livres de doctrines attestent qu’Aristote est celui à qui l’on attribue la célébrité de la thèse de l’éternité du monde, tandis que les maîtres de la philosophie avant lui ne la soutenaient pas. Cela est rapporté aussi bien par ceux qui le vénèrent que par ceux qui ne le vénèrent pas. D’ailleurs, la parole de cet homme en théologie est fort restreinte et entachée de nombreuses erreurs ; sa vaste science concerne surtout les sciences naturelles, domaine dans lequel il se prévaut.
Le point visé est que ces gens ont soutenu que l’âme, après sa séparation [du corps], ne possède ni savoir, ni mouvement, ni accroissement de connaissance, ni amour pour quelque chose qu’elle chercherait à obtenir ; elle ne goûterait qu’un plaisir éternel et uniforme issu du savoir déjà acquis, comme ils le disent à propos du Premier Principe et des intellects.