Ils soutiennent que ce n’est là qu’une simple conjonction : non pas que le Créateur ait produit ceci par cela, ni en vue de cela, car – à leurs yeux – il n’existe ni cause ni sagesse pour lesquelles le Créateur agirait. Ils affirment de même qu’on ne trouve, dans le Coran, à propos des actes et des jugements d’Allah, aucune lām de causalité (lām al-taʿlīl), mais uniquement une lām de conséquence (lām al-ʿāqibah). Il s’agit là d’une question importante dont le développement a été longuement traité ailleurs.
Le propos visé ici est que le terme « ʿaql », dans l’usage de l’ensemble des musulmans – et même de toutes les religions, voire de la plupart des fils d’Adam – désigne quelque chose qui subsiste dans un autre que lui, qu’il s’agisse de science, de faculté, d’un agir conforme à la science ou assimilé. Il ne s’emploie pas pour un être subsistant par lui-même, sauf dans le jargon de ces philosophes, chez qui l’âme parfaite, une fois séparée [du corps], devient alors intellect.
Par ailleurs, les disciples d’Aristote prétendent que l’intellect ne reçoit absolument aucun savoir nouveau ; ils soutiennent que l’intellect, l’intelligent et l’intelligible ne font qu’une seule et même réalité, et que l’Être nécessaire n’est « un » qu’en ce sens qu’Il serait dépourvu de tout attribut. Autant d’énoncés auxquels s’opposent d’autres philosophes, et que la majorité des gens doués de raison tiennent pour manifestement erronés, d’après la raison évidente.
Abū al-Barakāt – parmi d’autres philosophes – les contredit sur ces points et démontre l’inanité de leurs propos ; c’est pourquoi, lorsqu’il rapporta leur doctrine, Abū al-Barakāt déclara : « Tel est ce qui est transmis de la secte d’Aristote, et personne ne les a contredits en cela ni n’a formé d’objection… »