Je dis :
Dans la langue arabe, le terme « ʿaql » englobe tout à la fois la science et l’agir selon la science. Certains théologiens n’en font le nom que d’une forme particulière de connaissance, affirmant qu’il s’agit d’un type de sciences nécessaires ; d’autres, au contraire, n’entendent par là que l’action conforme à la science, ainsi que l’a rapporté Abū al-Barakāt.
On peut aussi désigner par « ʿaql » la faculté présente chez l’homme – cette disposition innée grâce à laquelle il acquiert la science et œuvre en conséquence. C’est pourquoi, dans la parole des Anciens (al-Salaf) tels qu’Aḥmad, al-Ḥārith al-Muḥāsibī et d’autres, le vocable « ʿaql » recouvre cette disposition naturelle.
Quant à ceux qui nient les dispositions innées, les natures et les forces existant dans les êtres, et qui soutiennent – à l’instar d’Abū al-Ḥasan al-Ashʿarī et de ceux qui le suivent, comme al-Qāḍī Abū Bakr, al-Qāḍī Abū Yaʿlā, Abū al-Maʿālī, Abū al-Ḥasan ibn al-Zāghūnī, Abū Bakr ibn al-ʿArabī et d’autres – que le Tout-Puissant, doué de libre choix, crée tous les événements par la seule volonté, laquelle fait prévaloir l’un des deux semblables sans déterminant : ceux-là ne réservent le nom de « ʿaql » qu’à une sorte de science nécessaire. En effet, ils ne reconnaissent pas l’existence d’une nature par laquelle naîtraient les sciences et les volontés, pas plus qu’ils n’admettent, dans les créatures, des causes qui produiraient les événements ou qui feraient qu’un contingent l’emporte sur un autre pour une raison interne. Ils affirment plutôt que l’Auteur libre agit « au moment de » ces choses, non « par » elles, et cela par pure habitude (ʿāda). Ce que l’on appelle cause et effet, disent-ils, n’est autre que le Créateur qui associe l’un à l’autre par habitude, et non parce que l’un renfermerait une force qui engendre l’autre.
Ainsi, celui d’entre eux qui admet le qiyās soutient que les « causes » de la Sharīʿa ne sont que de simples indices (amārāt) ; et si, parfois, on y trouve une convenance, comparable à la miséricorde que l’on observe dans les créatures, ce n’est, selon eux, qu’un effet de l’habitude.