sa réflexion, son jugement et la considération qu’il porte aux conséquences de son affaire s’en écartent. Or, ce contemplateur réfléchi, qui refoule les premières impulsions, est celui qu’ils nomment « ʿaql », en ce qu’il détourne l’homme de ce à quoi il s’était résolu, tout comme le licou (ʿiqāl) retient la chamelle et l’empêche de se mouvoir à sa guise ; c’est donc bien lui qu’ils appellent ʿaql. La connaissance d’un tel fait ne se fonde, disent-ils, que sur une preuve issue de la réflexion, car ce n’est que par une pensée procédant du savoir qu’il a repoussé ces impulsions ; de ce point de vue, le ʿaql relève de l’action et non de la science. Celui, en revanche, que les Grecs désignent par ce nom se rattache au domaine de la science, non à celui de l’action, et devient ainsi le principe de l’agir.
Il poursuivit :
« Dans leur usage, le terme ʿaql ne revêt aucune signification relationnelle, tandis qu’en arabe il en possède une, puisque l’on dit : “le ʿaql de telle chose”. Le sens du mot ʿaql, tel qu’ils l’emploient, n’est pas destiné à être rapporté à quoi que ce soit ; ils le définissent certes par référence à quelque chose, mais ils le nomment d’un vocable qui lui appartient par essence, non du fait de ses relations. Et s’ils l’associent à quelque chose, ce n’est qu’à son acte propre, comme lorsqu’ils parlent de la science (ʿilm), du savant (ʿālim), de l’intelligent (ʿāqil) ou du connaissant. Pour eux, ʿaql et ʿilm sont des termes synonymes. Ils soutiennent aussi que l’acte de l’intellect, lorsqu’il est en acte, est identique à son essence ; ainsi, chez eux, l’intellect (ʿaql) et l’intelligent (ʿāqil) ne font qu’un. »