le lieu, la manière et tout ce qui survient aux êtres en mouvement du fait de leurs déplacements. Quant à l’Intellect en acte, dans ce qu’il connaît et sait, aucun savoir nouveau ne se renouvelle pour lui au sujet d’une réalité qu’il n’aurait déjà connue et comprise ; il demeure donc perpétuellement en acte dans son appréhension, dans un état unique et immuable. L’âme, en revanche, passe par des états variés selon ce qu’elle apprend et fait advenir des corps, en eux et par leurs mouvements ou les impulsions qu’elle leur communique.
Ainsi, l’âme est un intellect en puissance, tandis que l’Intellect est intellect en acte ; l’Intellect embrasse l’ensemble des intelligibles, alors que l’âme n’en saisit qu’une partie. Si donc l’âme se dépouille des corps, rompt tout lien avec eux et se trouve à la fois parmi les choses intelligibles et parmi ceux qui les appréhendent, elle devient, elle aussi, Intellect en acte ; son rang dépendra alors de son espèce parmi les êtres et de l’acquis de ses connaissances.
Ils disent : le premier des intellects est celui qui est advenu à partir de la Cause première. Le premier être qu’ils ont qualifié d’« intellect » l’a été à propos de l’âme humaine, car ils soutiennent qu’elle est intellect en puissance et qu’elle devient intellect en acte. Or, ce qui est en puissance ne se fait pas passer lui-même à l’acte ; il n’est amené à l’acte que par quelque chose déjà en acte, de même que le feu actuel transforme le naphte, qui n’est feu qu’en puissance, en feu en acte, tandis que le naphte ne s’enflamme pas de lui-même pour devenir réellement feu.
Par conséquent, cette réalité qui est intellect en acte et qui fait de l’âme humaine un intellect en acte, ils la nomment « l’Intellect agent » (al-ʿaql al-faʿʿāl) ; ils affirment qu’il tient, à l’égard de nos âmes, la place d’un maître et d’un instructeur.