De celui-ci procède alors le second Intellect, divinité de la neuvième sphère ; de ce dernier émane un troisième Intellect, divinité de la huitième sphère ; ainsi de suite, jusqu’à ce que l’on aboutisse au dixième Intellect, divinité de la sphère lunaire et de tout ce qui se trouve au-dessous d’elle. De cet Intellect se déversent, selon eux, toutes les sciences et toutes les vertus qui règnent sous la sphère sublunaire ; c’est encore de lui, d’après leur doctrine, que provient ce qui est révélé aux prophètes et aux autres créatures en matière de connaissances.
Ceux qui s’efforcent de concilier les Livres révélés avec la parole de ces philosophes prétendent que cet Intellect est Jibrîl, mentionné par les messagers, et ils disent à son sujet : « Il n’est pas avare de l’invisible » – suivant la lecture où l’on omet la lettre ḍâd –, c’est-à-dire qu’il est généreux, non point avare. D’autres fois, ils identifient Jibrîl aux formes imaginatives qui se constituent dans l’âme du Prophète, adéquates au savoir qui lui parvient, à l’instar de ce qui se produit chez le dormeur.
C’est pour cette raison que ceux qui ont suivi leur voie, tel Ibn ʿArabî, ont déclaré : « Le walî – ou le Sceau des awliyâ’ – est supérieur aux messagers et aux prophètes, et la walâyah est supérieure à la nubuwwah. » Ils justifient cela en affirmant que celui qu’ils nomment « Sceau des awliyâ’ » puise à la source même d’où puise l’ange qui révèle au Messager ; or, toujours selon eux, le Messager ne reçoit que par l’intermédiaire de l’imagination qui est en lui – laquelle correspond, à leurs yeux, à Jibrîl –, l’imagination recevant ses données des intelligibles purs, tandis que le walî, prétendent-ils, reçoit directement de ces intelligibles. Ils avancent en outre que les anges dont parlent les messagers ne sont autres que ces dix Intellects ou les images imaginatives qui se forment dans les âmes des hommes.
Quant aux âmes célestes, ils expriment à leur sujet deux opinions. La première consiste à dire qu’il s’agit d’accidents inhérents à la sphère, semblables aux facultés concupiscible et irascible ; c’est là l’avis de la plupart des disciples d’Aristote.