Leurs pareils n’ont avancé cet argument qu’à l’encontre de celui qui postule une Essence dépourvue d’acte : Elle n’avait pas agi, puis Elle s’est mise à agir sans qu’aucune cause ne survienne. Ils disent alors : « Nous savons, par nécessité rationnelle, qu’il est impossible qu’un contingent advienne sans cause. Or, si tu prétends qu’il advient du fait d’une cause elle-même contingente, l’objection formulée à l’encontre du premier contingent vaut également pour le second ; on se voit donc contraint d’admettre l’apparition d’un contingent sans cause. »
De surcroît, l’argument repose sur l’impossibilité d’une régression à l’infini dans les causes efficientes, impossibilité sur laquelle tous les gens doués de raison s’accordent.
On a rétorqué : Premièrement, l’argument susmentionné n’implique ni l’une ni l’autre de ces deux prémisses ; il repose exclusivement sur l’impossibilité d’une régression à l’infini dans les effets émanant de l’Être nécessaire, régression que, pour leur part, les philosophes jugent admissible. En vérité, ces derniers ont soutenu la prééternité des orbes célestes et d’autres entités déterminées, tandis que leurs contradicteurs affirmaient que l’espèce même de l’acte et de l’agissant est impossible dans l’éternité passée.
Les premiers ont donc argué qu’il est impossible qu’un être qui n’était pas agent devienne agent sans cause contingente ; or, aucun contingent ne survient sans agent, et il n’y a alors aucun agent. De la sorte, la teneur du propos revient à dire : « Il ne sera agent qu’après être devenu agent, et il ne devient agent qu’après être devenu agent. » Voilà qui constitue, sous un aspect, circularité, et, sous un autre, régression indéfinie ; c’est une régression portant sur le fait même d’être agent, et relève donc de la régression au sein des causes efficientes, mais