Le « goût » (adh-dhawq) constitue en réalité une chose distincte qui naît de l’acte de manger et de goûter ; c’est un état que l’homme éprouve intérieurement et qu’aucune formulation ne saurait rendre d’une manière plus explicite. Tout être vivant ressent ainsi en lui-même plaisir et douleur. Or, ces gens ont coutume de réduire des notions multiples à une seule : ils tiennent la science, la puissance et la volonté pour une unique réalité, allant même jusqu’à dire que la science est le Savant même et la puissance le Puissant ; de la même manière, ils assimilent le plaisir à la seule perception. Inversement, ailleurs, ils scindent une même chose en plusieurs : ils considèrent les réalités existant à l’extérieur comme deux entités, et leurs attributs inséparables comme trois composants constitutifs, internes et nécessaires à leur quiddité.
Il ressort également de tout cela que le plaisir n’existe qu’avec l’amour : ce qui n’est pas aimé ne procure aucun plaisir lorsqu’on le perçoit. L’amour d’une chose dépasse la simple conception requise pour l’aimer ; de même, le plaisir qu’elle procure dépasse la simple perception requise pour l’éprouver.
Une fois cela établi, l’on sait que le Seigneur — qu’Il soit exalté — est qualifié de science, d’amour, d’allégresse, de satisfaction et de tout ce que rapportent le Livre et la Sunna. Quant au serviteur, sa perfection réside dans le fait de connaître Allah et de L’aimer, puis, dans l’au-delà, de Le voir et de goûter la félicité de contempler Sa Face.
Ainsi, il est rapporté dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, d’après Ṣuhayb, que le Prophète — صلى الله عليه وسلم — a dit :
« Lorsque les gens du Paradis entreront au Paradis, un héraut appellera : “Ô gens du Paradis ! Il est auprès d’Allah un rendez-vous qu’Il veut tenir envers vous.” Ils répondront : “Quel est-il ? Ne nous a-t-Il pas déjà illuminé les visages, alourdi nos balances, fait entrer au Paradis et sauvés du Feu ?” Alors le voile sera levé et ils Le contempleront ; nulle grâce ne leur sera alors plus chère que cette vision de Lui — c’est là “l’augmentation” (al-ziyādah). »
Et dans le ḥadith de ʿAmmâr b. Yâsir, d’après le Prophète — صلى الله عليه وسلم — : « Ô Allah, je Te demande… »