Ainsi, les premiers furent des polythéistes, tandis que ceux-ci sont des négateurs : ils n’affirment pour Allah aucun amour, ni pur pour Lui seul, ni même mêlé à celui d’un autre. Dès lors, ils ne L’adorent pas avec leurs cœurs, puisque, à leurs yeux, les actes d’adoration n’ont d’autre fonction que de préparer l’âme à la connaissance pure qu’ils tiennent pour leur but suprême.
Il en va de même des Ǧahmiyyah : on ne trouve pas dans leurs cœurs l’amour d’Allah et Son culte tel qu’il se trouve dans les cœurs de Ses serviteurs croyants. L’ultime ambition de leur adorateur consiste à concevoir que les créatures seraient comparables à des ouvriers loués à salaire ; son unique objectif est donc le salaire qu’il reçoit, dénué de tout amour pour Allah. Les philosophes blâment et méprisent ces gens — nous avons cité leurs propos à ce sujet ailleurs —, pourtant, en règle générale, ceux-là leur sont préférables : ils tiennent l’adoration pour obligatoire, s’y astreignent et lui reconnaissent un profit dépassant le simple fait d’être un moyen menant à la science. Il n’en va pas de même des philosophes, de certains soufis et des pseudo-philosophes, dont l’adoration vise la « découverte » ou l’« influence », comme l’exposent Abû Ḥâmid et ses disciples.
Parmi les indices éclairant cette question figure leur affirmation qu’Allah éprouve délice et allégresse. Certes, des groupes parmi les Muʿtazilah et d’autres théologiens, ainsi que ceux qui les suivent, l’ont nié ; mais les pieux prédécesseurs, les imâms et Ahl al-Sunnah entérinent tout ce qu’apportent le Livre et la Sunna concernant l’amour d’Allah, Sa joie, Sa satisfaction, Son rire, et autres attributs semblables. Ce qu’ils établissent comme vérité s’inscrit donc dans ces significations, tout en s’exprimant avec les termes légaux, réunissant ainsi perfection du sens et perfection de l’expression, conformément aux exigences conjointes de la raison saine et de la Révélation.
Ces mêmes philosophes se sont encore trompés sur un autre point lorsqu’ils ont déclaré que le plaisir serait la perception de ce qui convient en tant que tel. C’est erroné : le plaisir n’est pas la perception elle-même ; celle-ci n’en est que la cause et le fait naître, tout comme le son naît du mouvement ou la satiété de la nourriture. L’homme désire un aliment, le mange et en goûte la joie ; il y a là trois choses : le désir, la perception et le plaisir. Le plaisir n’est donc pas l’acte de manger lui-même.