De même, leur affirmation selon laquelle les espèces seraient composées d’attributs intrinsèques – constitutifs de leur essence, communs et distinctifs à la fois – est elle aussi récusée par la majorité des esprits raisonnables à propos des créatures ; que pourrait-on donc en dire, a fortiori, au sujet du Créateur ?
Quant au fait que le Seigneur – exalté soit-Il – soit qualifié par Ses attributs de perfection, cela ne constitue nullement une « composition ». Lorsqu’on décrit un être créé, pris isolément, en disant qu’il est existant, vivant, savant et puissant, on n’y comprend pas une composition comparable à celle d’un tout formé de ses parties. Et si certains, selon leur propre terminologie, appellent cela « composition » ou se l’imaginent ainsi par conjecture, ni leurs mots ni leur illusion ne sauraient obliger à dépouiller le Seigneur des attributs de perfection qui Lui reviennent de droit, ni à postuler une existence absolue dépourvue de toute réalité hors des esprits ; car tout être que l’on concevrait alors dans les esprits serait, par hypothèse, plus parfait que Lui. Exalté soit-Il, infiniment au-dessus de ce que prétendent les injustes !
L’intention, ici, est de montrer que ceux qui soutiennent l’éternité du monde, même s’ils reconnaissent un Auteur du monde, s’appuient sur un argument bien faible pour établir l’existence de cet Auteur ; leur doctrine mène même, en réalité, à la négation du Créateur. C’est d’ailleurs ce que la plupart des théologiens ont retenu comme opinion notoire chez les partisans de l’éternité du monde : qu’ils renient le Créateur. La plupart des ouvrages de kalâm ne citent, des tenants de l’éternité du monde, que la négation du Créateur.
Cependant, ceux qui ont rapporté les propos d’Ibn Sînā et de semblables ont commencé à leur attribuer deux thèses : l’une, la négation du Créateur ; l’autre, l’affirmation que le monde existe nécessairement par une cause qui le fait exister de façon contraignante. Ils ont ainsi semé la confusion parmi certaines personnes. Or, soutenir l’inexistence du Créateur est, pour la raison comme pour la religion, d’une corruption bien plus grave encore que leur autre propos.