Et si quelque chose vient à survenir, cet événement contingent nécessite impérativement une cause elle-même contingente ; il en résulterait donc une régression à l’infini.
Quant à leur affirmation : « S’Il n’avait pas été, d’abord, un Agent pleinement efficace puis l’était devenu », elle n’entraîne qu’une régression indéfinie dans les effets, non dans les agents ; il se peut, en effet, que se produisent en Lui des volontés et des conceptions successives et ininterrompues, succession qu’ils admettent comme possible. Puis, lorsque la plus récente de ces volontés se combine avec la plus ancienne, les effets adviennent.
Cette réponse a été avancée par un groupe — au nombre desquels al-Abharî — et elle est préférable à celle que Fakhr ad-Dîn ar-Râzî qualifia de « brillante ». Abû al-Barakât et d’autres en reconnaissent la justesse, tandis qu’Ibn Sînâ et ses semblables ne disposent pour la réfuter que des mêmes arguments qu’ils utilisent pour nier les Attributs divins, arguments dont la corruption est des plus flagrantes.
On ajoutera encore : ce qui montre l’impossibilité d’une régression à l’infini dans l’efficience totale, c’est l’idée d’efficience absolue ; or cela ne prouve en rien l’éternité d’aucune partie du monde. Il arrive que les philosophes disent aux théologiens : « Cette conséquence pèse aussi sur votre propre principe. » Lorsqu’ils formulent cette objection, on peut répondre, au nom desdits théologiens, que la régression à l’infini est soit impossible, soit possible. Si elle est impossible, votre doctrine de l’éternité du monde et de la perpétuité du mouvement de la sphère céleste s’effondre ; et, une doctrine s’effondrant, l’argument censé la démontrer s’effondre à plus forte raison, car une proposition fausse ne saurait être étayée par une preuve valide. Et si la régression à l’infini est possible, votre argument s’écroule également ; il s’ensuit donc que cet argument est invalide dans l’une comme dans l’autre hypothèse.
Et s’il était allégué : « Abû ʿAlî Ibn al-Haytham, Ibn Sînâ et as-Suhrawardî… »