Ces philosophes qui nient la résurrection des corps et la création temporelle des sphères célestes affirment, pour la plupart, que les miracles (muʿjizât) et les prodiges (karamât) relèvent de simples forces psychiques : soit la faculté de perception et de connaissance, soit la faculté de mouvement et d’action. Selon eux, la perception est la puissance de l’âme par laquelle elle acquiert la science ; ils considèrent donc que tout ce dont les Messagers ont informé et tout ce qu’ils ont ordonné ne provient que de cette force, sans qu’interviennent des anges — êtres vivants doués de parole — descendus vers eux avec la Révélation, sans qu’il y ait pour Allâh une parole qu’Il aurait proférée en dehors de leur for intérieur, et sans qu’existe un Seigneur ayant créé le monde par Sa puissance et Sa volonté, capable de bouleverser les réalités supérieures et de transformer la terre et les cieux.
Quiconque saisit la véritable teneur de leurs propos et la réalité de ce qu’ont apporté les Messagers constate l’opposition flagrante entre les deux, comme il fut dit à l’un de nos éminents shaykhs, connaisseur de la différence entre les philosophes et les prophètes ; on l’interrogea et il répondit : « le sabre rouge ».
En réalité, ces gens-là ne croient ni en Allâh, ni en Ses Livres, ni en Ses Anges, ni en Ses Messagers, ni à la résurrection après la mort ; ils se trouvent ainsi dans une condition plus mauvaise que celle des Juifs et des Chrétiens.
Il importe ici de préciser qu’Ibn Sînā et ceux qui le suivent ont bâti le fondement de leur credo sur l’idée que l’existence nécessite un Être nécessaire (wâjib), et que cet Être nécessaire doit être unique. Par « unique », ils entendent un être dépourvu de toute attribution, de toute détermination, et d’où n’émane aucun acte, afin de ne pas Lui reconnaître des attributs tels que la science ou la puissance ; autrement, disent-ils, il existerait deux êtres nécessaires. Par là, ils rejoignent les Muʿtazilites, qui affirmaient que la caractéristique la plus spécifique du Seigneur est d’être éternel, et qu’Il ne saurait donc posséder d’attribut éternel, de peur qu’il n’y ait dans l’existence deux êtres éternels. Formulation équivoque, qui pourrait faire croire que les partisans de l’affirmation des Noms et Attributs ont établi deux divinités éternelles, alors qu’ils n’ont affirmé qu’un seul Dieu, nul autre que Lui n’a droit à l’adoration, et Il est