Ainsi, si l’on prétendait que l’agent du mélange n’est pas celui qui fait des deux éléments de l’argile, on soutiendrait qu’un agent a réalisé la cause indispensable sans son corollaire nécessaire, lequel ne saurait exister sans elle ; or, cela est impossible.
Cette impossibilité s’éclaire comme suit : si nous supposons deux agents dont aucun ne soit inséparable de l’autre, il deviendrait possible que l’un existe ou agisse sans l’autre et sans l’action de celui-ci ; il s’ensuivrait alors un mélange sans argile, ou de l’argile sans mélange – ce qui est inconcevable. Et si nous les tenons pour indissociables, il devient impossible que chacun d’eux soit nécessaire par soi et autosuffisant ; chacun dépendrait de l’autre et ne se manifesterait qu’avec l’existence de celui-ci. Il faut donc qu’ils aient un agent distinct d’eux ; à défaut, l’on tomberait dans le cercle vicieux proscrit – la circularité touchant les causes efficientes, appelée circularité antérieure –, puisqu’il faudrait que celui-ci agisse pour produire l’existence de celui-là, lequel, à son tour, agirait pour produire l’existence du premier.
Quant à la circularité concomitante, elle ne survient que dans les effets, comme la paternité en corrélation avec la filiation, toutes deux n’étant que l’acte de la génération. S’agissant des causes efficientes et des conditions de l’efficacité, il est impossible que deux choses soient, chacune, cause de l’autre ou condition de l’efficacité de l’autre. Si donc l’on posait deux êtres nécessaires par eux-mêmes, chacun exerçant une influence sur l’existence de l’autre au point d’en être la condition, il s’ensuivrait qu’aucun d’eux ne pourrait exister avant que la condition de son existence ne soit réalisée ; or, puisque l’hypothèse suppose qu’il n’existe rien en dehors d’eux pour produire cette condition, celui-ci deviendrait la condition d’existence de celui-là, et celui-là la condition d’existence de celui-ci, de sorte qu’aucun d’eux n’existerait. Cela montre qu’il n’existe, dans le monde, aucun être nécessaire par essence ; le Seul Nécessaire est unique et distinct de l’univers.
Il apparaît ainsi que l’existence de chacun des deux dépend de la production de l’autre ; nous sommes là face à une circularité antérieure, car l’agent précède forcément son action. Il ne s’agit donc pas d’une circularité concomitante, laquelle n’a lieu que dans des effets produits simultanément ou dans des réalités corrélatives qui ne requièrent pas d’agent – contrairement aux attributs du Créateur, exalté soit-Il.