Le propos décisif est que les termes « influence (taʾthīr) », « action (fiʿl) », « création ex nihilo (ibdāʿ) » et assimilés, lorsqu’ils sont attribués à Allah, peuvent recevoir trois acceptions : ils peuvent désigner Son influence sur tout ce qui n’est pas Lui – c’est-à-dire le fait qu’Il crée ex nihilo l’ensemble de la création ; ils peuvent viser Son influence sur un être déterminé – c’est-à-dire qu’Il crée cet être particulier ; ou encore ils peuvent renvoyer à l’influence de façon absolue, à savoir le simple fait qu’Il soit un Agent agissant sur quelque chose.
Si, par « influence », l’on entend qu’Il a, de toute éternité, créé chaque chose, cela est impossible par l’évidence du sens commun et de la raison, car la survenue des événements est constatée, et, de plus, qu’une chose soit créée de toute éternité est en soi impossible.
Si l’on entend par là Son influence sur un objet déterminé, il est également manifeste qu’une telle influence est contingente, concomitante avec l’apparition de son effet ; en effet, produire un effet particulier ne peut être qu’un acte contingent.
Si, enfin, par « influence » l’on entend l’action au sens absolu, c’est-à-dire qu’Il est, de manière générale, Acteur (fāʿil), on répond aux philosophes : votre argumentation ne fait que récuser l’opposé de cette thèse, à savoir qu’il serait impossible qu’Il agisse après n’avoir agi sur rien ; elle n’empêche nullement qu’Il agisse sur une chose après avoir déjà agi sur une autre.
Une telle conception n’implique pas qu’Il soit, de toute éternité, un Agent pleinement efficace au point que Ses effets coexistent avec Lui de toute éternité ; elle implique seulement qu’Il n’a jamais cessé d’être qualifié par l’attribut d’agentivité absolue, et non qu’Il soit devenu agent après ne l’avoir pas été.
Si cela est établi, il en découle qu’Il n’a cessé de faire advenir une chose après l’autre ; cela ne prouve pas pour autant que l’effet déterminé qu’Il produit soit ancien, éternel avec Lui.
Or, les philosophes affirment : « Son action Lui est coéternelle, car Il est, de toute éternité, un Agent pleinement efficace, et l’agent pleinement efficace implique son effet ; Son action ne saurait donc s’en séparer. »
En effet, disent-ils, s’Il n’avait pas été d’abord un agent pleinement efficace et qu’Il le devînt ensuite sans que rien ne fût produit, il en résulterait une préférence sans facteur préférentiel.