Et lorsqu’il s’agit d’un être unique dont l’action ne se distingue pas d’une autre action, il est impossible qu’il relève de deux agents ; son Créateur ne peut donc qu’être unique. Par conséquent, quiconque n’attribue sa survenue qu’aux sphères, aux astres en mouvement et semblables, tient un propos vain.
Par ailleurs, ils affirment que l’Intellect agissant a fait émaner les formes du monde dès que celui-ci y était préparé. On leur rétorque : ce qui a émané est-il une substance ou un accident ? ‑ S’il s’agit d’un accident, comme le rayon qui procède du soleil ou la lumière qui jaillit de la lampe, les êtres survenus – l’animal, le végétal, le minéral et l’âme humaine – sont des substances et non des accidents. ‑ Et si ce qui est émané est une substance subsistant par elle-même, on ne le connaît qu’au moment où quelque chose se détache du Premier, à l’image de l’eau qui déborde ; dans ce cas, il ne serait tout au plus qu’une cause de la génération d’un autre être.
Il est, en outre, notoire que les corps se mêlent, s’interpénètrent et se transforment d’un état à un autre. Selon eux, ce mouvement provient du mouvement de la sphère, et le mélange résultant de la transformation dépend du mouvement même des corps ; l’un ne se distingue pas de l’autre. Dès lors, l’agent de l’un n’est pas différent de l’agent de l’autre : on ne saurait donc dire que la mise en mouvement relève des sphères tandis que le mélange est dû à l’Intellect agissant. Bien au contraire, celui qui cause le mouvement et le brassage est celui-là même qui produit le mélange et l’interpénétration ; l’un entraîne l’autre, et accomplir la cause sans son corollaire nécessaire est impossible.
Ces gens disent encore : « Lorsque les sphères se meuvent, les éléments s’animent, se mélangent, puis se disposent à recevoir les formes qu’épanche sur eux l’Intellect agissant. » Or cette parole est dénuée de réalité : quand l’eau tombe sur la poussière et qu’elle devient argile, celui qui a mêlé l’eau à la terre est précisément celui qui a fait de cet ensemble de l’argile ; il n’est pas admissible de séparer l’un de l’autre, car ils ne s’unissent qu’en devenant argile, et réaliser la cause sans l’effet qui lui est indissociable est impossible.