Si leur pouvoir provenait d’eux deux, il s’ensuivrait que chacun d’eux ne disposerait de la capacité d’agir qu’à condition que l’autre la lui confère ; or, un tel cercle vicieux est impossible, de sorte qu’aucun des deux ne serait réellement capable d’agir. Et si leur pouvoir leur venait d’un tiers, ils ne pourraient vouloir ni agir qu’autant qu’un être supérieur les y habilite ; cela implique donc qu’au-dessus des sphères existe Quelqu’un qui les rende capables et agissantes – et c’est là leur Seigneur. Il est ainsi établi que les sphères sont sous la seigneurie d’un Maître, et dès lors leur éternité est impossible, comme on l’a montré plus haut.
Si l’on admet qu’ils puissent diverger, leur divergence entraînerait un conflit ; or le conflit suppose l’impuissance de chacun des deux adversaires, puisque l’acte de l’un dépendrait de l’autorisation de l’autre. Dans ce cas, l’impuissant ne saurait faire advenir les événements ; il y a donc au-dessus de lui un Puissant qui le dirige, et il s’ensuit qu’aucun événement dans le monde ne proviendrait d’eux. Ainsi, en toute hypothèse, les sphères ne sont pas elles-mêmes les productrices des phénomènes ; est donc caduc l’avis de ceux qui les tiennent pour les agentes des événements de l’univers et les considèrent comme des seigneurs, voire des divinités.
De plus, tout être créé possède une unité qui lui est propre – tel l’homme unique, le cheval unique, l’arbre unique – et il est inadmissible que son auteur soit deux ou davantage, ni à titre d’indépendants ni à titre de collaborateurs.
Quant à la première éventualité, elle est contradictoire et impossible en soi, car l’indépendance de l’un s’oppose à la participation de l’autre, a fortiori à son indépendance.
Quant à la seconde, c’est que les partenaires dans un travail manuel se distinguent chacun par son acte propre ; or, s’agissant d’une chose unique, il est impossible qu’elle relève de deux agents. Ne vois-tu pas que les maçons, les tailleurs, les tisserands, les scribes, les laboureurs, les porteurs d’une poutre – bref, tous les associés – doivent nécessairement différencier l’action de chacun de celle de l’autre, comme dit le Très-Haut :
« إِذاً لَذَهَبَ كُلُّ إِلَهٍ بِمَا خَلَقَ »
« Alors chaque divinité se serait retirée avec ce qu’elle a créé. »
(Sourate al-Mu’minûn, v. 91).