agent, ce qui est impossible. Et s’il était allégué qu’il existe une régression à l’infini, il en résulterait une chaîne infinie de causes efficientes – ce qui est également impossible ; il faut donc nécessairement remonter jusqu’à Allâh, le Créateur.
Tel est un point que les philosophes eux-mêmes concèdent et qu’ils avancent contre les Muʿtazilites ; il constitue donc ici une preuve qui se retourne contre eux. En effet, le fait que la sphère céleste soit en mouvement requiert un Originateur de ce mouvement. Le simple désir qu’elle aurait de Lui ressembler n’engendre pas le mouvement ; il s’ensuit qu’Allâh est Celui qui le fait advenir. Or Il ne saurait faire advenir une chose avant qu’elle n’existe ; Il doit donc susciter, au moment même de son existence, chaque parcelle de ce mouvement. La sphère étant indissociable des événements contingents, il faut qu’à chaque instant il y ait Quelqu’un qui fasse advenir l’événement qui s’y produit. Or, faire advenir un événement dans une sphère supposée pré-éternelle est impossible ; sa prééternité est donc elle-même impossible, car la prééternité n’admet ni événement déterminé ni ensemble d’événements. Elle implique au contraire une permanence proportionnée à ce qui en est la cause ; il faudrait alors que cette cause produise les événements de la sphère successivement, l’un après l’autre. Or, ce qui, par son essence, implique nécessairement son effet ne produit pas une chose après l’autre : son effet lui est toujours attaché. De plus, cette hypothèse impliquerait l’existence d’un être sujet au changement, et la nécessité, pour ce qui change, de dépendre d’un être immuable, ce qui ferait de lui un simple effet ; or cela est impossible.
Par ailleurs, si l’on admet que les mouvements des sphères sont volontaires et qu’elles seules provoquent les événements, il s’ensuivrait que la gouvernance de l’univers reviendrait à plusieurs seigneurs, chacun vivant, puissant et doté de volonté ; les Anciens les appelaient “dieux” et “seigneurs”. Cela est pourtant impossible, car, s’il y a deux êtres conditionnés, il faut soit qu’ils soient contraints à l’accord, soit qu’il leur soit possible de diverger. S’ils sont contraints à l’accord, de sorte qu’aucun d’eux ne puisse vouloir que ce que veut l’autre, ni pouvoir vouloir et agir que ce que l’autre veut et fait, leur puissance proviendrait soit d’un tiers, soit d’eux deux conjointement.