Car l’effet n’est pas précédé par sa cause ; et le raisonnement relatif à l’apparition de l’acte de faire advenir n’est pas différent de celui qui concerne l’apparition même de l’événement, et ainsi de suite à l’infini. Cela impliquerait une régression à l’infini de causes survenues dans un seul et même instant, sans qu’aucune d’entre elles ne soit nécessaire, ce qui est impossible. Il est donc impossible que des occurrences adviennent en Lui après qu’elles n’aient pas existé – et eux-mêmes le reconnaissent. Il est tout aussi impossible qu’elles aient toujours été en Lui, puisqu’il n’existe pour elles aucune cause nécessitante. Il est donc exclu qu’il y ait une cause nécessitante du ciel, avec les phénomènes qu’il contient, sans que ces phénomènes eux-mêmes soient présents ; c’est là ce qu’il convenait de démontrer.
On dira encore à Ibn Sînâ et à ses disciples : vous avez délaissé la méthode de vos prédécesseurs, qui établissaient la Cause première par la voie du mouvement, pour emprunter celle de l’existence. Vous avez affirmé : « Nous montrerons que l’Être nécessaire, par sa seule existence, n’a pas besoin d’être établi par le mouvement. » Or, au terme de votre démarche, vous avez de nouveau prouvé la Cause première par le mouvement, à savoir le mouvement de la sphère, exactement comme l’avaient fait les Anciens. Si cette voie est valide, qu’on ne la blâme pas et qu’on ne s’en détourne pas ; si elle est invalide, qu’on ne l’emprunte pas.
Et si l’on dit : « La première méthode est correcte, et la seconde également, » nous répondrons : l’objectif n’est atteint ni par l’une ni par l’autre. La première n’établit qu’une cause finale, sans prouver l’Innovateur (al-Mubdiʿ) de l’univers. Quant à la voie de l’existence, elle ne fait qu’affirmer l’existence d’un Être nécessaire, sans préciser qu’il s’agit du Premier qui meut la sphère, ni même prouver qu’Il est distinct de la sphère, ni qu’Il existe séparément du monde, à moins d’y adjoindre la méthode de la négation des attributs par la négation de ce qu’ils appellent « composition ». Or cela est faux, comme cela a été exposé en détail ailleurs, et cela demeure faux même si l’on admettait la négation des attributs, car cela