de même que la boisson agit sur le buveur ; ainsi la beauté d’une femme met en mouvement son époux jusqu’à ce qu’il s’unisse à elle ; les fragrances suaves attirent celui qui les hume jusqu’à ce qu’il les inhale ; et tout objet désirable, recherché et voulu incite celui qui le sollicite, le veut et languit après lui, tout comme chaque bien-aimé agit sur celui qui l’aime.
Il est établi que l’objet désiré, aimé et voulu n’est pas l’agent qui produit la faculté même par laquelle on le convoite, ni le désir lui-même ; son existence n’est qu’une cause pour que le chercheur le veuille et agisse en conséquence. Il s’agit d’une cause finale, non d’une cause efficiente, et la cause finale précède dans la conception et l’intention sans posséder d’existence extérieure.
En vérité, ce qui met en mouvement l’amant passionné, c’est la représentation qu’il porte en lui du bien recherché et l’intention qui l’accompagne ; c’est pourquoi ce mouvement précède l’existence extérieure de l’objet. Mieux encore : lorsque la personne même du bien-aimé est recherchée pour un acte qui la concerne — manger un aliment, boire une boisson, jouir d’une femme par le regard, le contact ou l’union, et autres exemples similaires —, l’objet visé par ces actes relève de la cause finale. Que dire alors lorsque ce que l’on recherche est de ressembler au bien-aimé, et non d’accomplir un acte dirigé vers lui ? Dans ce cas, le bien-aimé n’est l’agent ni des représentations ni des volontés qui surgissent dans l’âme de l’amant, ni d’aucun des actes par lesquels celui-ci cherche à l’imiter.
Il apparaît donc clairement que, quand bien même leurs propos seraient exacts, ils ne permettraient pas d’affirmer l’existence d’un agent pour aucun des événements, qu’ils soient célestes ou terrestres, pas davantage celle d’un créateur pour quelque être contingent que ce soit.
Par ailleurs, le Premier Maître et ses disciples n’ont pas établi que la sphère céleste est possible par son essence et nécessaire par autre que soi, ni qu’elle soit l’effet d’une cause qui l’a faite advenir ; ils n’ont retenu pour cause de son mouvement que l’existence du Premier.