Ceci constitue une affirmation explicite que les phénomènes surviennent sans cause. Où donc, dans son exposé, retrouve-t-on l’idée selon laquelle, une fois advenus, les phénomènes auraient nécessairement besoin d’une cause pour se maintenir ? Il a pourtant blâmé celui qui disait qu’il leur suffisait d’une cause pour leur surgissement, alors que sa propre parole implique que les phénomènes n’ont ni cause pour leur apparition ni cause pour leur permanence.
Ce qui le montre encore, c’est qu’il a rapporté — en l’approuvant — une parole du « Premier Maître » : « À l’intellect spéculatif appartiennent les jugements rationnels, tandis qu’à l’intellect pratique reviennent les actes particuliers et les intellections particulières. »
Il a dit :
« Et cela ne concerne pas seulement nos propres volontés, mais aussi la volonté d’où naît le mouvement du ciel. »
Or, s’il en est ainsi, il est manifeste que nos actes contingents, issus de nos volontés et de nos intellections particulières, ne surviennent que par une cause qui les requiert ; autrement, le simple intellect universel ne les produirait pas. Pourtant, ils soutiennent que la cause des changements de nos représentations et de nos volontés est, de manière générale, la cause même de l’apparition de tous les phénomènes, à savoir le mouvement céleste. Or, il n’a nullement abordé ici la cause de la survenue de ce mouvement céleste, lequel entraîne nos changements, puisqu’il n’existerait là-bas, selon eux, qu’une réalité stable et permanente : un intellect universel et une volonté unique, fixe et universelle. Où donc se trouve la cause de l’apparition de ces volontés et intellections successives, qui sont à l’origine de tous les phénomènes advenant dans les cieux et sur la terre ?
Il a d’ailleurs ajouté par la suite :
« Il apparaît donc que quelque chose dont la permanence est… »