Une fois cela clarifié, notre affirmation selon laquelle « il est indigent par essence » ne signifie nullement qu’il existerait, hors de l’étant présent à l’extérieur, une essence distincte qui serait qualifiée de pauvreté. Une telle formulation ne pourrait se justifier que chez ceux qui soutiennent que l’inexistant est une chose et que sa réalité est ajoutée à l’existence externe. Ce que nous visons, c’est simplement que cet étant créé, effectivement existant au-dehors, est pauvre et nécessiteux ; sa propre réalité – celle-là même qui existe – est la réalité indigente. Et quand bien même l’on supposerait qu’il existe, au-delà de lui, une existence supplémentaire, ou que son « existence » soit prise comme nom d’action (maṣdar), tout cela demeurerait pauvre et nécessiteux, tout comme son être existant l’est, tandis que le Seigneur est, quant à Lui, riche par Son Être existant. Ainsi, la créature est caractérisée par la pauvreté et le besoin avant comme après son existence.
Avant son existence, l’intention est qu’elle ne saurait advenir qu’au moyen du Créateur ; elle ne devient pas existante par elle-même. Après qu’elle est, l’intention est qu’elle n’est devenue existante, que son existence ne se maintient, qu’elle n’a acquis de réalité et que celle-ci ne perdure, que par le Créateur.
Lorsque nous disons : « elle n’est pas existante », nous rapportons quelque chose que nous avons conçu avant son existence ; c’est là ce que l’esprit se représente d’elle.
Il ne fait aucun doute que ceux qui ont déclaré : « l’inexistant est une chose », et ceux qui ont affirmé : « la quiddité (māhiyya) d’une chose est distincte de son existence », ont saisi la différence entre ce qui est établi dans l’esprit et ce qui est établi à l’extérieur.
Cette distinction est juste, car les concepts mentaux ne sont pas les réalités elles-mêmes.