Ou bien il s’est laissé aller à une formulation trop large, ou bien il a trébuché dans la compréhension ; autrement, la position des dialecticiens avertis – tant parmi les théologiens d’Ahl al-Sunna que parmi d’autres – est que ce qui existe à l’extérieur n’est autre que la réalité même qui existe à l’extérieur ; il n’y a pas là deux choses distinctes :
- la première serait un « existence » qui serait substance ou accident ;
- la seconde, une réalité existante qualifiée par cette « existence ».
Le terme « existence » (al-wujûd) peut, il est vrai, désigner le nom d’action (maṣdar) : soit le maṣdar de « wajada – yajidu – wujûdan », soit le maṣdar de « awjadahu llâhu » (Allâh l’a fait être), soit le maṣdar de « wajadtu-hu – ajidu-hu – wujûdan ».
Cependant, dans le présent propos, il ne s’agit pas desdits maṣdar. En effet, le fait qu’Allâh fasse exister les créatures est Son acte de les créer ; pour la majorité, il s’agit là d’un acte autre que les créatures elles-mêmes, tandis que, pour nombre de dialecticiens, « la création » est l’être créé.
Quant au maṣdar de « wajadtu ash-shay’a – ajidu-hu », évoqué dans la Parole du Très-Haut :
« …et il trouva Allâh auprès de lui »
(Sûrat an-Nûr, 39),
c’est une action qui réside dans le trouvant, telle la vision ou la constatation. Or, lorsqu’ils disent « cet être est existant », ils ne veulent pas dire qu’il est « vu » ou « constaté », bien que l’origine du mot provienne de ce sens ; car ce qui est établi en soi est tel que le percevant peut le trouver, c’est-à-dire le voir et le constater, contrairement à l’inexistant nié. Ainsi, ce qui peut être trouvé par le percevant est nommé « existant ».
Mais, lorsqu’ils disent « wujida » (il fut trouvé), ils entendent seulement qu’il advint et fut, sans considérer qu’un autre l’aurait trouvé, bien que le verbe soit à la forme passive. Si l’on veut dire par là qu’il a été et qu’il s’est produit, il est clair que son « être » et son « advenir » correspondent aux maṣdar de « kâna – yakûnu » et de « ḥaṣala – yaḥṣulu ». Or, une fois qu’il est devenu existant et obtenu, cet existant obtenu n’est autre que sa réalité même ; il n’y a pas, en sus de cette réalité, une « existence » subsistant en lui après qu’il est advenu, distincte de sa réalité existante.