Quant au fait qu’il soit survenu dans le temps et qu’il soit contingent, susceptible aussi bien de l’existence que de l’inexistence, cela constitue une preuve de son indigence et implique nécessairement son besoin. En effet, ce qui est survenu était auparavant inexistant ; or, ce qui fut inexistant ne saurait exister par soi-même, mais bien par autre que soi. De même, ce qui admet l’existence et le néant ne tient pas de sa propre essence le fait d’exister. Il en va de même lorsque nous disons qu’il est « fabriqué », « créé » et assimilés : toutes ces expressions attestent de son indigence. En réalité, l’indigence des choses et leur besoin du Créateur procèdent de leur essence même ; et lorsque nous disons « par leur essence », c’est selon l’usage de la langue, car elles ne possèdent pas, en dehors de Lui, une essence susceptible d’être qualifiée d’indigence ou d’autonomie. C’est plutôt Lui qui crée leur entité ; sans Son acte créateur, elles ne possèdent aucune entité, et l’entité qu’Il leur confère ne perdure que par Son acte créateur. Il n’existe, à cela, absolument aucune cause, tout comme il n’y a pas de cause à Son caractère nécessaire par soi ni à Son indépendance à l’égard d’autrui.
Lorsque nous disons : « Il existe par Lui-même », ou « Il est nécessaire par Lui-même », ou encore « Il est autonome par Lui-même », nous ne voulons nullement signifier que Son être L’aurait fait exister, L’aurait rendu nécessaire ou L’aurait enrichi. En vérité, l’existence même – nécessaire et autonome – c’est Lui ; il n’y a ici ni agent et patient, ni cause et effet. Se trompe à ce sujet quiconque imagine que Son existence s’ajoute à Son essence, tel Abû Hâshim, un groupe de théologiens spéculatifs, certains juristes rattachés aux quatre imâms qui les ont suivis, ainsi qu’al-Râzî dans l’une de ses opinions. Ils considèrent en effet l’existence nécessaire comme un effet produit par l’essence décrite, tout comme, avec les philosophes, ils tiennent l’essence contingente pour réceptive de l’existence dont elle serait qualifiée, faisant de l’existence un attribut de l’essence existante.
Des groupes de dialecticiens affiliés à Ahl al-Sunna ont repris cette idée, et l’on trouve des propos similaires chez nombre d’entre eux, tels Abû al-Hasan ibn al-Zâghûnî et d’autres, et celui qui tient ce discours