inexistante tant qu’elle demeure inexistante, car notre examen porte ici sur le nécessaire par essence et le possible par essence, tandis que l’analyse logique ne procède pas de la sorte.
Je dis : L’objection que les logiciens lui ont adressée a déjà été formulée contre lui par Ibn Rušd et d’autres, bien qu’Ibn Rušd soit postérieur à lui.
En effet, le « possible » chez les premiers philosophes — tels Aristote et ses disciples — ne s’envisage que dans l’état de non-existence. C’est pourquoi ils affirment que la possibilité requiert un sujet qui la supporte avant que le possible n’advienne. Ainsi déclarent-ils : « Tout contingent est précédé par la possibilité de ne pas exister » ; or, la possibilité étant une qualification positive, elle exige une matière qui la porte.
Ces anciens ne divisaient donc pas l’être en « nécessaire » et « possible ». Cette bipartition est plutôt l’œuvre d’Ibn Sînâ et de ses disciples ; pour les premiers, l’univers relevait de la catégorie du nécessaire et non de celle du possible. Par conséquent, le terme « possible » est employé dans l’un et l’autre sens. Ibn Sînâ, cependant, ne se contenta pas d’y voir une équivocité purement verbale ; il en isola l’élément commun : la possibilité d’exister ou de ne pas exister, en faisant abstraction de l’état actuel de la chose, c’est-à-dire de la cause qui détermine l’une des deux éventualités. Il ne fait aucun doute qu’à ce regard la chose se caractérise dans les deux états.
En revanche, si l’on entend par « possible » qu’il advienne — c’est-à-dire qu’il devienne existant dans l’avenir —, seule l’inexistence apte à recevoir l’être peut être qualifiée ainsi.
Ce qu’il a ainsi posé implique deux conséquences invalides :