Considérée en elle-même, cette réalité est contingente quant à l’existence ; mais la vérité est que son essence demeure, par elle-même, contingente ; toutefois, sous la condition de son inexistence, son existence devient impossible, et sous la condition de son existence, elle devient nécessaire.
Il y a dès lors une différence entre affirmer : « l’existence de Zayd, puisqu’il existe, est nécessaire » et dire : « l’existence de Zayd, tant qu’il existe, est nécessaire ». De même, il faut distinguer l’énoncé : « la permanence de l’être advenu est nécessaire par son essence » de l’énoncé : « elle est nécessaire à condition, tant qu’il existe ». Le premier est faux, le second véridique.
Si l’on ne prend pas en considération cette condition, la permanence de l’existence n’est donc pas nécessaire. Sache encore que ce que l’existence lui confère comme nécessité, la non-existence le lui confère comme impossibilité ; il est en effet inconcevable que son état, lorsqu’il n’existe pas, demeure possible, puis que son état, lorsqu’il existe, devienne nécessaire.
En vérité, la chose, en elle-même, est contingente : elle passe par le néant puis par l’existence. Selon le conditionnement — inexistence ou existence — qu’on lie à sa permanence, elle devient, par ce conditionnement, objet d’un jugement nécessaire et non plus simplement contingent, sans qu’il y ait là contradiction ; car la contingence se rapporte à son essence même, tandis que la nécessité ou l’impossibilité découlent d’une condition surajoutée.
Ainsi, le contingent, en tant que tel, ne possède jamais une existence nécessaire sans condition ; tant que son essence reste ce qu’elle est, il n’est point nécessaire par lui-même, mais par autre que lui et sous condition ; son lien à l’existence demeure donc constamment tributaire d’un autre, et tout ce dont il a besoin