Ce paradoxe n’apparaît que lorsque l’on postule une essence privée d’action ; or, ce postulat étant invalide, son contraire est nécessairement vrai. Le « tasalsul » évoqué ici n’est autre qu’un enchaînement à l’infini portant sur l’agent lui-même, c’est-à-dire sur l’achèvement de son statut d’agent, et il implique en outre la circularité : il ne deviendrait agent qu’après l’avoir déjà été. De même, il est admis qu’il est impossible que l’agent du monde ait un agent, lequel aurait encore un agent, et qu’il est tout aussi impossible qu’il soit l’agent de lui-même. Toutefois, la discussion porte ici sur ce en quoi se réalise son caractère d’agent.
Ainsi, lorsque l’on déclare : « Il n’était pas cause pleinement efficiente, puis il l’est devenue », il faut nécessairement admettre soit l’apparition de la complétude de l’efficience, soit une préférence sans préférent. En effet, si la cause efficiente parfaite n’existait pas de toute éternité, alors, lorsque des événements surviennent à partir d’elle : si cela ne dépend d’aucune cause nouvelle, on aboutit à une préférence sans préférent ; et si cela dépend de l’apparition d’une cause, on retombe également dans une préférence sans préférent. Et si l’on soutient que cela dépend d’une cause apparue, le même raisonnement s’applique à celle-ci, d’où une régression infinie.
Le contenu de l’argument se ramène donc à ceci : ou bien la cause efficiente parfaite est établie ab-éternité, ou bien l’on est conduit à une préférence sans préférent, ou bien l’on sombre dans une régression infinie et une circularité impossibles. Il faut donc nécessairement retenir l’une de ces trois issues.
C’est pourquoi nombre de théologiens spéculatifs ont opté pour la préférence sans préférent, estimant qu’un Être puissant et voulant décide par Sa puissance, ou par Sa puissance accompagnée d’un motif, ou encore que la volonté elle-même choisit l’un des deux semblables plutôt que l’autre. Par cette réponse se sont défendus la majorité des Muʿtazilites, des Ashʿarites, des Karrâmites ainsi que leurs partisans parmi les adeptes des quatre imams.