Ou encore, à l’affirmation de l’existence d’un dénominateur commun aux corps – à savoir les universaux, qui ne sortent jamais du domaine du corps ou de l’accident – ou à l’établissement d’une forme qui, elle aussi, n’est rien d’autre qu’un corps ou un accident. C’est ainsi qu’Ibn Ḥazm, qui compte pourtant parmi ceux qui tiennent les philosophes en haute estime, a conclu que la question se réduit aux corps et aux accidents, et ils ont montré que tout être contingent ne dépasse pas ces deux catégories.
D’autres sommités du kalâm et de la réflexion spéculative ont posé d’une manière plus générale que l’existant ne déborde pas ces deux sections ; ils ont démontré que tout ce que leurs contradicteurs prétendent établir est, soit impossible à exister dans la réalité extérieure, soit compris dans l’une des deux.
Il est vrai que les termes mêmes de « corps » et d’« accident » font l’objet, d’une part, d’un débat terminologique, et, d’autre part, d’une controverse rationnelle, comme cela a été développé en son lieu. Mais ce qui importe ici, c’est que les philosophes ne disposent absolument d’aucune preuve établissant l’éternité d’un quelconque individu de l’univers ; bien au contraire, le principe rationnel sur lequel ils s’appuient exclut cette éternité, comme nous l’avons signalé en divers endroits.
Quant à Ibn Sīnā, le plus éminent d’entre eux parmi les modernes, il recueillit la philosophie des Anciens, la résuma, puis y adjoignit les investigations rationnelles qu’il avait apprises des mutakallimūn, mu‘tazilites et autres. Il y ajouta tout ce qui pouvait l’appuyer et la fortifier, si bien que, dans le domaine de la théologie (al-ilāhiyyāt), ils se trouvèrent dotés d’un discours d’une valeur que leurs devanciers ne possédaient pas. Ainsi, ce qu’ils ont de meilleur en théologie provient des enseignements qu’Ibn Sīnā a puisés chez les mutakallimūn ; quant aux points qui contredisent leurs propres principes, dans lesquels les mutakallimūn avaient trébuché, ils devinrent pour lui le fondement même de sa réfutation des mutakallimūn.