Deuxièmement :
les derniers représentants de cette école ont soutenu que le raisonnement en question ne démontre que la contingence des corps, lesquels ne sauraient être exempts d’évènements successifs.
Ils ont dit : « S’il est permis qu’existe un être qui ne soit pas un corps, tel l’intellect ou l’âme, rien, dans cette argumentation, n’établit la contingence d’un tel être. »
Al-Shahrastânî, Fakhr al-Dîn al-Râzî, al-Âmidî, al-Armawî et d’autres l’ont rapporté de la sorte, si bien que certains de leurs disciples tardifs ont inscrit dans leur credo : « Les corps sont contingents. » Ceux-là ne tranchent pas toujours quant à l’éternité des intellects et des âmes ; ils s’en tiennent là et affirment la contingence des corps, parce que, selon eux, c’est ce que requiert la raison.
Certains ont même prétendu que la cause de la contingence des corps réside dans les représentations successives des âmes, et c’est par cette réponse qu’ils pensaient parer l’objection de la contingence que leurs adversaires leur adressaient.
Fakhr al-Dîn al-Râzî, dans al-Maṭâlib al-‘Âliya, a déclaré qu’il s’agissait là de la réplique décisive contre l’argument des philosophes, et al-Armawî l’a suivi en cela dans son ouvrage. Ils ont allégué que les anciens théologiens n’y avaient pas répondu. Il n’en est toutefois rien : les maîtres du kalâm ont établi dans leurs livres qu’il est impossible qu’un être contingent existe autrement que comme corps ou comme accident ; ils ont montré que ce que les philosophes prétendent établir en dehors de cette dichotomie – intellect, âme, matière, forme – est caduc, et qu’il ne s’agit que d’entités existant dans l’esprit, non dans la réalité extérieure, appartenant en vérité à la catégorie des accidents.