Affirmer la pré-éternité de chaque entité concrète de l’univers contredisait, disaient-ils, l’observation sensible ; ils se rabattirent donc sur la pré-éternité des principes du monde – tels les sphères célestes et les éléments –, tout en soutenant la permanence des événements successifs. Ils posèrent ainsi qu’une espèce est pré-éternelle, tandis que ses individus sont contingents et apparaissent les uns après les autres.
Les théologiens (mutakallimûn) qui leur firent face contestèrent la possibilité même d’un tel « genre ». Ils dirent : « Dès lors qu’est avérée l’apparition d’un membre d’une espèce, il s’ensuit nécessairement que l’espèce elle-même est contingente et possède un commencement, car – selon nous – la succession éternelle du surgissement et de l’action est impossible. » Ils pensèrent que l’énoncé « Allah est Créateur de toute chose » ne saurait être sauvegardé autrement. Les philosophes en tirèrent parti, s’en renforcèrent contre eux, prolixement, pour réfuter cet argument, et crurent qu’en l’annulant ils avaient établi la pré-éternité du monde.
Or, l’erreur de ces philosophes est plus grave encore que celle de leurs contradicteurs : le principe général même sur lequel ils s’appuient, s’il était correctement traité, ne prouverait rien d’autre que l’inanité de la prétention selon laquelle le Seigneur aurait été, un temps, dépourvu d’acte et de parole. Il ne renferme aucune preuve de la pré-éternité d’une quelconque partie du monde ; bien au contraire, il atteste expressément que tout ce qui est autre qu’Allah est contingent, advenu après n’avoir pas existé.
Se fonder sur ce principe est, de plus, plus solide que l’argument tiré de la finitude des événements, et cela pour deux raisons. La première est que les philosophes en ont déjà mis en évidence la fausseté ; la controverse à son sujet est interminable et ses implications, odieuses.