Ainsi, l’opinion que les Jahmiyyah et les Qadariyyah ont introduite dans l’Islam – et que d’autres ont embrassée après eux – constitue, du point de vue de la Sharʿ, une bidʿa et, du point de vue de la raison, une fausseté.
Quant à la réfutation des doctrines des philosophes contraires au Livre et à la Sunna, elle est, louange à Allah, parfaitement possible par la raison évidente, et cela sous de nombreux angles qui ne conduisent qu’à la vérité.
En effet, l’affirmation des philosophes selon laquelle un élément déterminé du monde serait pré-éternel implique qu’il en serait la cause efficiente parfaite ; or cela est invalide sous plusieurs aspects, comme cela a été exposé ailleurs.
De plus, il est impossible qu’un événement survienne à partir d’une cause éternelle dans laquelle rien de nouveau ne se réalise. Si, en effet, l’état de l’agent demeure identique au moment de l’existence de l’effet contingent, avant celui-ci et en même temps que lui, la détermination d’un instant précis pour l’apparition de cet effet relèverait d’une spécification sans spécificateur et d’une survenue sans cause nouvelle. Dès lors, rien ne pourrait provenir de lui, ni par intermédiaire ni directement, et il en résulterait que les événements n’auraient pas de producteur ; voilà le sommet du sophisme.
Ils ont donc fui l’affirmation selon laquelle tout contingent requiert une cause, et se sont trouvés amenés à nier l’existence même d’un producteur pour les événements ; le refuge qu’ils ont choisi est ainsi bien pire que ce dont ils s’étaient écartés.
Il apparaît donc que, s’il s’agissait d’une cause éternelle, son état après que cet être éternel a engendré l’effet ne pourrait être identique à son état au moment où il l’a engendré. Car, si les deux états étaient équivalents, rien ne justifierait de privilégier l’état d’antéternité pour la production plutôt qu’un autre état, pas plus que l’état de l’apparition déterminée ne vaudrait mieux que l’état de son absence, puisque toutes les situations se tiennent à égale distance de cette cause sous tous rapports.