Il est donc établi qu’Il n’a jamais cessé d’être puissant, et que l’objet soumis à Sa puissance n’a jamais cessé d’être possible ; il en résulte que la possibilité de l’acte est sans commencement. Or, si l’acte n’a jamais cessé d’être possible, il peut être éternel ; à défaut, son éternité serait impossible.
On comprend dès lors que soutenir la pré-éternité de la possibilité tout en niant la possibilité de la pré-éternité revient à réunir deux contraires ; leurs esprits les plus aiguisés le reconnaissent d’ailleurs. Ce qui les a contraints à cette impasse est leur prétention selon laquelle l’acte – ou la parole et l’acte – n’était pas possible avant de le devenir par la suite. Les premiers à formuler cette assertion dans l’Islam furent les Jahmiyyah et les Muʿtazilah ; nul Imâm de l’Islam ne l’a professée, et personne ne la rapporte du Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, ni en termes explicites ni en substance, pas plus que de ses Compagnons ou des Successeurs respectueux de leur voie.
Après avoir avancé cette thèse, ils durent répondre à l’objection de leurs contradicteurs : « La possibilité est sans commencement ; car si elle en avait un, il s’ensuivrait un passage de l’impossibilité essentielle à la possibilité essentielle sans cause déterminante. » Ils répliquèrent alors : « Nous posons que la possibilité de l’apparition n’a pas de commencement », ou : « La possibilité, à condition que le contingent advienne, n’a pas de commencement. » Le fond de leur discours revient ainsi à dire que la possibilité d’apparaître possède à la fois un commencement et n’en possède pas – réunion de deux opposés.
En vérité, pour toute chose dont l’apparition est nécessaire et dont l’éternité est impossible, la possibilité de son avènement a un commencement, et il est impensable que cette possibilité soit sans commencement. Que cette possibilité soit conditionnée par l’Agent ou par le réceptacle importe peu ; dès lors qu’elle a un commencement, il est impossible qu’elle n’en ait pas. Même si l’apparition avec commencement se conçoit dans les entités contingentes prises individuellement, il n’existe rien parmi les créatures dont la possibilité d’apparaître ne possède un commencement ; il est inconcevable qu’une chose advienne tandis que la possibilité de son avènement serait éternelle.