En effet, le fait qu’un agent soit, par lui-même, doté de puissance précède nécessairement le fait qu’il confère cette puissance à autrui ; ainsi, celui qui n’est pas, en lui-même, puissant se trouve dans l’impossibilité de rendre un autre puissant. Cette impossibilité est établie, d’une part, par l’invalidation du cercle causal antérieur, et, d’autre part, par le principe selon lequel qui n’a pas la puissance ne peut la transmettre à autrui.
Ceci compte parmi les plus solides arguments en faveur du tawḥîd : il y apparaît clairement que le Seigneur doit impérativement être puissant par Lui-même, Sa puissance ne pouvant être empruntée à un autre. Dès lors, si l’on supposait deux agents capables, leur union pour produire un même effet serait, en elle-même, impossible selon la raison évidente et de l’avis unanime des gens sensés ; en effet, l’action de l’un d’eux implique son autonomie, ce qui rend impossible qu’il ait un associé, et à plus forte raison qu’il existe un second agent autonome.
De là, il est reconnu, par l’évidence même de la raison auprès des intelligences saines, qu’il est impossible que deux causes pleinement efficientes se conjuguent pour un seul effet ; ou, si l’on préfère, que deux causes parfaites se réunissent sur un même causé.
Partant, si l’on admettait deux divinités, chacune d’elles se verrait empêchée d’agir seule sur une chose unique ; bien plutôt, si l’une accomplissait un acte, l’autre ne pourrait qu’agir sur un autre objet. C’est la pleine illustration de la parole du Très-Haut :
« Alors, chaque dieu s’en irait avec ce qu’il a créé » (sourate Al-Mu’minûn, 23 : 91).
De plus, s’ils sont l’un et l’autre puissants, dès lors qu’il est possible à l’un d’agir sans l’autre, il lui est tout autant possible de vouloir le contraire de la volonté de l’autre, d’où naît la situation de tamânu‘ (opposition). En effet, si leurs deux volontés se réalisaient ensemble, il s’ensuivrait la réunion de deux contraires ; et si aucune des deux ne se réalisait, leur impuissance à tous deux s’ensuivrait, et le lieu demeurerait privé de l’un des deux opposés dont aucun corps ne saurait être exempt, tel, par exemple, qu’un tel veuille