Il est possible, voire nécessaire, que ces choses procèdent du Prééternel ; or, si elles procèdent du Prééternel, Celui-ci ne saurait être pour aucune d’elles une cause efficiente complète, car, si tel était le cas, elles Lui seraient concomitantes. Dès lors, leur doctrine de la « cause complète » s’effondre, et c’est précisément ce qui était recherché.
Cependant, cette réponse n’abolit pas l’éventualité d’une suite d’événements sans commencement ; on pourrait encore soutenir que la production par le Prééternel du premier contingent est conditionnée par un second contingent. Pourtant, selon l’un ou l’autre de ces deux scénarios, il ne s’ensuit pas qu’une quelconque partie du monde soit éternelle : chacune peut fort bien être contingente, même si sa survenue est subordonnée à un contingent antérieur, surtout lorsque cet événement est l’acte même du Très-Haut, exalté soit-Il.
La remarque formulée par al-Râzî et d’autres n’est ainsi qu’un argument de rétorsion à leur encontre ; elle ne résout nullement la difficulté ni n’en expose l’inanité. Nous en établirons donc l’invalidité, tant selon leurs propres prémisses que selon celles des musulmans.
En effet, leur démonstration repose sur l’idée qu’il doit exister de toute éternité un agent parfaitement efficient, faute de quoi l’on tomberait soit dans une préférence sans préférent, soit dans une régression à l’infini. Tel est, dans les grandes lignes, l’argument tel que beaucoup d’entre eux l’énoncent. Or, le terme « tasalsul » (régression) vise tantôt la régression objet de controverse, tantôt la régression unanimement reconnue impossible par les gens doués de raison, ainsi que la circularité (dawr).
Car, s’il n’y avait pas de toute éternité un agent pleinement efficient, et qu’il le devienne ensuite, il s’ensuivrait la survenue même de la complétude de l’efficience ; or, cela implique l’apparition d’un événement sans auteur. C’est pourquoi Ibn Sînâ, entre autres, a exprimé la chose ainsi : « Tout être qui commence à agir après n’avoir pas été agent doit nécessairement être précédé de l’apparition d’un facteur : science, intention, volonté, disparition d’un empêchement, ou toute autre chose. » Autrement, si l’on suppose qu’il est resté tel qu’il était, qu’aucune chose ne procédait de lui auparavant, alors, à présent encore, rien ne devrait procéder de lui ; pourtant des événements sont advenus : voilà bien une contradiction manifeste.