Les premiers savants soutenaient la doctrine de la contingence de l’univers ; ils affirmaient de plus les attributs divins ainsi que les actes volontaires subsistant en Allah. Le premier, parmi les philosophes péripatéticiens, que l’on sache avoir professé l’éternité des sphères célestes fut Aristote ; ses preuves, toutefois, sont extrêmement fragiles et ne démontrent nullement la conclusion recherchée. En réalité, son raisonnement porte sur l’éternité du temps ; il le définit comme la mesure du mouvement, d’où il conclut que le mouvement serait lui aussi éternel. Il s’imagina ensuite que le genre même du temps n’est autre que la mesure du mouvement des cieux ; c’est là une erreur manifeste. Car, lorsque l’on dit que « le temps est la mesure du mouvement », il ne s’agit que de la mesure du mouvement en général, non d’un mouvement déterminé ; seul un temps particulier est la mesure d’un mouvement particulier. C’est pourquoi, selon les musulmans, le genre « temps » subsistera après la Résurrection, la déchirure du ciel et l’enroulement du soleil. Les habitants du Paradis disposeront eux aussi de temps : des mesures de mouvements distincts de celui des sphères. Ils auront, dans l’Au-delà, le « Jour du Surcroît », à savoir le vendredi, bien qu’au Paradis il n’y ait ni soleil ni froid mordant, mais des lumières et d’autres mouvements.
Ainsi, celui qui affirme que « le Seigneur n’a jamais cessé de parler quand Il veut, comme Il veut et de ce qu’Il veut » considère que la Parole est un attribut essentiel, subsistant en l’Essence d’Allah ; Il parle par Son acte, et Son acte relève de Sa volonté et de Sa puissance. Dès lors, si l’on soutient que l’espèce même de cet acte est éternelle, on satisfait l’argument exigeant l’éternité de ce genre, sans pour autant qu’aucune créature ne soit co-éternelle avec Allah – exalté soit-Il. Il n’est donc pas nécessaire de supposer un commencement à la possibilité même de l’acte, ni de concilier deux contraires en disant : « Si l’acte – ou l’événement contingent – est, par définition, précédé du néant, il n’y a cependant pas au possible un premier instant ». Une telle formulation joint en effet deux opposés, tout comme l’idée selon laquelle Il n’aurait jamais cessé d’être capable d’agir alors même que l’objet de Sa puissance ne saurait être éternel.