capable d’agir de toute éternité ; et ce propos n’est pas le leur seulement, il est aussi celui de tous ceux qui ont emprunté leur dialectique.
Voilà pourquoi, lorsque surgit en Orient – d’abord sous le règne du sultan Maḥmûd b. Subuktagīn, puis, au début du pouvoir seldjoukide, sous Alp Arslan – une discorde opposant ḥanafites et shâfiʿites, le sultan, qui avait déjà ordonné de maudire les gens de l’innovation depuis les chaires des mosquées, après avoir reçu une lettre de l’hérétique gouvernant d’Égypte, al-Ḥākim, l’invitant à lui prêter allégeance, dépêcha un courrier à l’imâm al-Qādir pour l’informer de la situation et confirmer sa fidélité à la Loi de l’Islam. L’imâm al-Qādir rédigea alors le célèbre “ʿItiqâd al-Qādirî”, dont la majeure partie fut versifiée par le shaykh Abū Aḥmad al-Karajî. Il donna l’ordre au qaʾim de le lire publiquement et enjoignit de sommer les innovateurs au repentir ; aussi les Muʿtazilites furent-ils convoqués à la rétractation vers l’an quatre cent et quelque.
Le qâḍî Abū Bakr ibn al-Ṭayyib subit alors une épreuve : le shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāʾinî, shâfiʿite, et le shaykh Abū ʿAbdillâh ibn Ḥāmid, hanbalite, se dressèrent contre lui. Al-Isfarāʾinî manifesta une réprobation très vive, déclarant ouvertement son désaccord au sujet de sa position sur le Coran. À cette époque, le qâḍî Abū Bakr signait « Muḥammad ibn al-Ṭayyib al-Ḥanbalî », car l’ashʿarisme se réclamait alors de la Sunnah et de ses imâms, se présentant comme champion des opinions fameuses de l’Imâm de la Sunnah, Aḥmad b. Ḥanbal, et d’autres savants d’Ahl al-Sunnah. C’est aussi durant cette période qu’il composa son ouvrage renommé réfutant les Bâṭiniyya, partisans de l’‘Ubaydî égyptien al-Ḥākim.
Le sultan Maḥmûd fit proclamer la malédiction des gens de l’innovation sur les chaires – pratique que poursuivirent après lui les rois seldjoukides. Or, certains ḥanafites et autres y firent entrer les ashʿarites, si bien qu’Abū al-Qāsim al-Qushayrî rédigea sa « Plainte » célèbre, et que le ḥâfiẓ Abū Bakr al-Bayhaqî composa une épître connue. Ils mentionnèrent plusieurs griefs retenus contre Abū al-Ḥasan al-Ashʿarî, au nombre desquels cette parole : « Le Seigneur n’était pas, de toute éternité, capable d’agir. »