Les partisans des idées récemment introduites dans l’Islam – Muʿtazilites, Jahmites et tous ceux qui les ont suivis dans leur principe – ont confondu la venue à l’existence des entités créées avec la venue à l’existence de leur espèce, tout comme ils ont confondu la pré-éternité de l’espèce de la Parole d’Allah avec la pré-éternité du terme particulier. Ils ont imaginé que l’apparition des individus ne pouvait se produire qu’avec l’apparition de l’espèce ; ils se sont donc engagés dans le taʿṭîl, rendant le Seigneur inactif, Le déclarant incapable, de toute éternité, de parler et d’agir, et Lui ont ôté les attributs de perfection. Les Salaf et les imâms, héritiers des Prophètes, se sont alors dressés contre eux, les taxant d’innovation et d’égarement, voire d’incroyance. Les philosophes en ont profité pour ouvrir sur eux la digue des dahris – négateurs de la création – qui, jusque-là, était fortifiée par des blocs de fer. Ainsi, ils n’ont ni soutenu l’Islam ni vaincu les mécréants ; ils ne se sont pas cramponnés à la Corde d’Allah ; ils n’ont suivi ni le Livre ni la Sunna ; au contraire, ils ont divisé leur religion et sont devenus des sectes, remplaçant la Loi divine par les innovations qu’ils ont forgées selon leurs propres opinions.
Ce qui l’illustre, c’est que les indices du besoin inhérent aux entités du monde et leur dépendance envers le Créateur sont évidents, manifestes, connus même par intuition ; il est donc également notoire, dans la nature même des gens du commun, que chacune de ces entités est advenue, créée, apparue après n’avoir pas existé. L’affaire repose en effet sur deux prémisses : la première est que cet être déterminé dépend d’un agent, puisqu’il n’est pas nécessaire par lui-même ; la seconde est que tout ce qui dépend d’un agent n’est rien d’autre qu’un être advenu. Par conséquent, pour toute chose de l’univers, ces deux prémisses se trouvent établies.
Quant au fait que cet être déterminé est un effet, une créature gouvernée, dépendante de son Créateur, et qu’il est inséparable de son agent du fait de l’acte par lequel celui-ci l’a produit – comme Sa vie Lui est inséparable –, ou même que cet acte ne subsiste pas en Lui, cela échappe à la compréhension des créatures selon la nature première dans laquelle elles ont été créées.