est rejetée par la grande majorité des penseurs, qu’ils soient musulmans ou philosophes, tout comme elle est récusée par la nature même des esprits sensés ; en effet, la prétention selon laquelle un contingent posséderait, dans la réalité extérieure, une essence indépendante alors qu’il n’y possède pas d’existence est dénuée de fondement.
Quant à l’exemple qu’ils avancent — l’homme conçoit le triangle tout en doutant de son existence — il ne vaut que parce qu’il le conçoit dans son intellect ; or, il n’existe aucun désaccord parmi les gens doués de raison sur le fait que ce que conçoivent les esprits diffère de ce qui se trouve hors d’eux. Dès lors, si l’on entend par « quiddité » ce qui réside dans l’esprit et par « existence » ce qui se tient à l’extérieur, et que l’on affirme que la quiddité d’une chose diffère de son existence, l’énoncé est exact. Ce qui est rejeté, cependant, c’est de vouloir désigner par « quiddité » une réalité posée dans le dehors, distincte de l’existant extérieur, puis de soutenir que cette quiddité serait la véritable réalité de l’être en question. Ce point est développé en détail ailleurs.
Deuxième aspect : à supposer même que les choses se passassent ainsi, l’Éternel dont l’existence est nécessaire par un autre n’a jamais cessé de posséder Son essence, et l’existence Lui est inséparable ; concevoir Son inexistence relève de l’impossible. Dès lors, dire qu’Il pourrait être tantôt existant, tantôt inexistant, est inadmissible : Son inexistence est absolument inconcevable. Tout au plus pourra-t-on soutenir que l’existence inséparable de Son essence provient d’un autre et non de Lui-même, tout en demeurant une existence nécessaire par un autre ; or cela supposerait qu’un être éternel, sans commencement, puisse être un produit — ce qu’écartent instinctivement tous les esprits sensés.
C’est pourquoi les Écritures divines s’adressent aux hommes par des notions rationnelles saines et innées ; les Messagers furent envoyés pour confirmer et parfaire la fiṭrah, non pour la modifier ni la corrompre. L’âme n’atteint sa perfection, son bonheur et son salut que grâce à cette disposition naturelle parachevée par la Loi révélée. Ainsi, chaque fois qu’Allah mentionne dans Son Livre l’un de ces noms impliquant un acte, les gens doués de raison n’en comprennent rien d’autre qu’un fait contingemment créé, comme dans Sa parole : « Lis, au nom de… »