ou qu’Il l’a créé, ou qu’Il l’a innové, ou toute autre expression analogue, on n’en comprend rien sinon qu’Il l’a fait advenir après qu’il n’était pas. Ce principe est évident par lui-même ; il n’a nul besoin d’être établi par des preuves fondées sur la nature première, car concevoir son contraire est, d’emblée, reconnu par l’intellect comme une absurdité.
Ainsi, lorsque l’on déclare : « Ceci est l’œuvre d’Untel » alors qu’il ne cesse, depuis toujours, de lui être conjoint, la raison y voit la réunion de deux contraires ; c’est comme si l’on disait : « Il en est l’ouvrage et il n’en est pas l’ouvrage. » Le raisonneur sain dira plutôt : si tel était le cas, rien ne permettrait de privilégier l’un comme agent et l’autre comme agi plutôt que l’inverse.
De même, si l’on avance : « L’un est contingent, susceptible d’existence et de non-existence, tandis que l’autre est nécessaire par Lui-même, insusceptible de non-existence », voilà encore une proposition que les intelligences, par leur nature même, récusent.
En effet, lorsque l’on dit : « Cette chose peut être et peut ne pas être », cette parole ne s’entend que de ce qui est survenu ; et la contingence se rapporte tantôt à l’agent, tantôt au réceptacle. Pour la première, on dit : « Il peut écrire, se lever, parler » ; pour la seconde : « Cette terre peut être cultivée » ou « Cette femme peut concevoir. »
Telle est la conclusion sur laquelle s’accorde la majorité des gens doués d’intelligence ; c’est aussi l’avis des maîtres de la philosophie, en particulier des péripatéticiens tels qu’Aristote et ses disciples : ils n’ont qualifié de “possible” que ce qui est advenu après le néant.