Parmi les hommes, certains soutiennent qu’il suffit, pour que ces choses surviennent, qu’existe un Agent doté de puissance, capable tant d’agir que de s’abstenir, qui agit par choix ; et qu’il fasse prévaloir l’une des deux possibilités par Sa seule puissance, ou par Sa puissance jointe à Sa volonté, ou encore par Sa puissance accompagnée de Son mobile intérieur, donnant la priorité à l’une d’entre elles sans déterminant extérieur.
D’autres opèrent une distinction entre l’« agent capable » (al-qâdir) et l’« agent nécessitant » (al-mûjib) ; ils affirment que la cause nécessitante n’exerce son influence que lorsqu’elle est parfaite, impliquant nécessairement son effet, tandis que l’agent capable peut produire l’effet de manière contingente.
Or, ce qui importe ici, c’est que l’argument qu’al-Râzî a avancé demeure recevable selon toutes ces hypothèses : quelle que soit la façon dont on explique l’agent (al-muʾaththir), sa réponse reste valide. En effet, tout événement contingent particulier – tel l’homme, le cheval, le fruit ou autre chose apparaissant chaque jour – requiert impérativement un agent.
Si cet agent est lui-même contingent, la question de la cause de son apparition se pose à l’identique, et l’on se voit contraint d’admettre une série infinie d’agents, chacun étant causé par un autre. Autrement dit, il faut postuler – si l’on préfère cette formulation – des causes et des effets sans fin, existant d’un seul tenant ; ou, si l’on veut, des agents et des actes innombrables ; ou encore des créateurs et des créatures interminables ; ou bien une suite ininterrompue de causes et de causés.
Ainsi, dans tous les cas, si l’être considéré est contingent, il en découle l’existence simultanée d’un nombre infini de causes et d’effets. L’expression « d’un seul tenant » est employée parce que l’on suppose que l’agent de ce contingent est, lui aussi, contingent, et non éternel.
Si l’on objecte : « Ne pourrait-on pas concevoir que l’agent de cet être soit un contingent précédé d’un autre agent contingent, lequel serait précédé d’un autre, et ainsi de suite ? »,