Ces derniers et leurs semblables se sont employés à priver le Seigneur de l’acte et de la Parole ; ils ont soutenu que Sa Parole est créée, ou bien survenue quant à son espèce, ou encore survenue quant à son individu : la Parole, selon eux, serait advenue alors qu’Il n’était pas, de toute éternité, Parlant, et, à leurs yeux, Il n’était même pas capable de parler. Lorsque quelques-uns concèdent qu’Il a toujours été capable, ils affirment toutefois que l’objet de cette capacité était, dans l’éternité passée, impossible ; or, si l’objet est impossible, la capacité l’est tout autant. Ils prétendent encore que tel est l’enseignement de la survenance du monde annoncé par les Messagers et attribuent cette opinion aux adeptes des religions révélées aussi bien qu’à leurs contradicteurs parmi les philosophes.
De là, les philosophes ont pris l’ascendant sur les gens des religions, croyant que telle était réellement leur doctrine, au point d’en venir à dire que les Messagers n’ont pas transmis une science authentique, mais seulement des représentations imaginaires et allégoriques. Or il est notoire qu’il n’existe, ni dans le Livre d’Allah, ni dans un ḥadith du Messager d’Allah, ni dans un récit des Compagnons, des Successeurs ou des imams des musulmans, la moindre trace de ces propos, ni même ce qui y conduirait. Il s’agit plutôt de paroles innovées dans la religion, appartenant au kalām que les Salaf et les imams ont dénoncé, blâmé et condamné.
Quant à l’affirmation de ceux qui prétendent que les cieux sont sans commencement et qu’ils ne se fendiront jamais, elle constitue un athéisme et un égarement encore plus graves, et une opposition plus flagrante à la religion des Messagers. Ces philosophes ont établi l’éternité d’entités créées, tandis que les autres ont nié au Seigneur la capacité incessante d’agir et de parler, soutenant ainsi la survenance de l’espèce.
Il en va de même dans la question du Coran : un groupe a revendiqué la prééternité des entités particulières de la Parole — qu’il s’agisse d’un sens unique et déterminé, de lettres déterminées, ou de sons et lettres déterminés — au point d’affirmer que ce qu’entendit Moïse était prééternel, qu’Allah n’a jamais cessé d’en être qualifié, seule l’audition s’étant renouvelée ; ils ont donc prétendu qu’Il ne l’appela pas à ce moment-là, contrairement à ce qu’indique le Coran.