elle se serait alors trouvée dépendante d’une autre cause ; il en résulterait une régression à l’infini, ainsi que le fait qu’elle constituerait le réceptacle des événements. Et si cette causalité était prééternelle, il faudrait admettre la prééternité de l’effet. Or la conséquence de cet argument — à savoir que l’Être éternel voit se produire en Lui des événements successifs — n’est jugée impossible ni par eux, ni par les Salaf, ni par la grande majorité des maîtres du ḥadith. Dès lors, si cette conséquence devait être déclarée impossible, il s’ensuivrait la contingence des sphères célestes, ce qui invaliderait la preuve invoquée pour leur prééternité ; et si elle n’est pas impossible, la preuve demeure tout de même caduque. Elle est donc nulle dans les deux hypothèses, comme cela a été développé ailleurs.
Le but, ici, est seulement de signaler qu’ils ne possèdent aucune preuve établissant l’antériorité sans commencement d’aucune partie du monde. Quant à leurs contradicteurs issus des Jahmiyya, des Muʿtazila et de leurs émules, ils ont, pour leur part, limité le genre de l’action divine et de son produit à un commencement et une fin, ainsi que l’enseignèrent Jahm ibn Ṣafwān et Abū l-Hudhayl, chefs de ces deux écoles ; d’autres ont jugé qu’une telle permanence est impossible quant au commencement mais non quant à la fin, position adoptée par nombre de leurs disciples.
Ils ont encore soutenu qu’il est impossible que le Seigneur parle par choix de toute éternité et qu’Il accomplisse un acte volontaire de toute éternité. Certains vont jusqu’à affirmer qu’Il était incapable, de toute éternité, de parler et d’agir — thèse des Muʿtazila et des Karrāmiyya ; d’autres prétendent qu’Il était incapable d’agir de toute éternité et demeure incapable de parler, tant dans l’éternité passée que dans l’avenir, ainsi que l’affirment les Kullābiyya, les Ashʿariyya et les Sālimiyya. Pour ces derniers, la parole est assimilée à la vie : ils n’affirment ni qu’Il en est capable, ni qu’Il parle par Sa volonté, Sa puissance et Son choix.
Nombre d’entre eux ajoutent que l’univers sera totalement anéanti, de sorte que le Seigneur ne demeurera agent d’aucune chose — pas plus, selon leur doctrine, qu’Il ne l’était auparavant. Tel est, pour eux, l’anéantissement de ce monde. Ils prétendent que la révélation et la raison l’attestent ; certains soutiennent même que seule la révélation l’atteste, et que la recréation du monde par Allah consiste à l’anéantir entièrement, puis à refaire exister le même monde qu’Il avait annihilé.