Huitième aspect :
Ce propos repose sur l’existence des « Intelligences » et des âmes qu’évoquent ces auteurs ; ils prétendent qu’il s’agit d’entités subsistant par elles-mêmes, existant en dehors de l’ordre sensible, qu’on ne peut désigner du doigt ; elles ne sont ni à l’intérieur du monde, ni à l’extérieur, ni séparées de lui, ni situées en lui ; on ne les qualifie ni de mouvement ni de repos ; leur vision est impossible ; elles ne sont ni des corps, ni établies dans des corps. Or la majorité des esprits rationnels tient pour nécessairement évident que cette assertion est fausse.
Il apparaît donc la nullité de la réponse de ces deux groupes, et si la réplique adressée à ces philosophes par simple opposition est correcte, elle ne dissipe cependant pas la difficulté.
Quant à la réfutation sans recourir à l’opposition, elle se présente sous plusieurs formes.
La première : on dira que, si la succession infinie des effets est possible, l’argument cesse de prouver l’éternité de quoi que ce soit en particulier — sphère céleste ou autre —, puisqu’il resterait alors envisageable que cet être soit survenu par une cause antérieure ; il en va de même pour tout ce qui n’est pas Allah. Si, au contraire, cette succession est impossible, il faut admettre un premier commencement des événements, et par conséquent la survenue de tout ce en quoi ces événements surviennent ; cela implique la création des sphères mêmes — conclusion recherchée. L’argument de ces philosophes s’avère donc caduque dans l’une comme dans l’autre des deux hypothèses contradictoires.