On dira donc : l’examen relatif à la survenue de l’achèvement de ces effets est identique à celui que l’on mène pour chacun de ces accidents. Si le facteur requis pour sa survenue est lui-même contingent, il en résulte une régression infinie de causes ; s’il est éternel, il s’ensuit la production d’événements contingents à partir de l’Éternel. Et si l’on avance que le facteur requis pour sa survenue est l’Éternel, à condition qu’intervienne un accident, nous rétorquons que cette affirmation, jointe à votre thèse selon laquelle l’Éternel constitue une cause complète, est invalide : d’une cause complète ne procède rien, et rien, donc, des conditions ne saurait émaner d’Elle.
De plus, selon vous, la cause doit être concomitante à son effet, ni antérieure ni postérieure à celui-ci. Or, si l’Éternel agit sur le second événement sous la condition de la survenue du premier, la cause devient alors antérieure à l’effet. C’est précisément cet argument qu’al-Râzî invoque lorsqu’il déclare : « Tout accident doit, au moment même de son existence, disposer de sa cause complète, quand bien même certaines de ses composantes la précéderaient. » Ainsi, si vous considérez chaque accident tantôt comme un élément de la cause de l’autre, tantôt comme une condition de celui-ci — et qu’une partie de la cause ou de la condition fait partie intégrante de la cause complète — il en découle que ces conditions contingentes doivent être présentes lors de l’apparition de chaque accident ; les accidents successifs devraient donc exister simultanément, ce qui est impossible.
En somme, votre assertion selon laquelle l’effet accompagne nécessairement la cause complète, et selon laquelle le Premier est une cause complète, implique que rien n’émane du Premier ; elle implique également que l’achèvement de la cause de chaque accident ne se réalise qu’au moment même où cet accident survient, de sorte que l’achèvement de sa cause ne le précède pas. Cela contredit cependant votre autre énoncé voulant que le premier accident soit une condition de l’achèvement de la cause du second, car le premier précède le second, et ce qui précède une chose ne saurait être une partie de sa cause complète.