Le principe voulant que ce qui ne se départ pas des événements soit contingent : s’il est valable, il entraîne la contingence de tout ce qui est autre qu’Allah ; s’il est invalide, il ne démontre ni la contingence des corps ni celle d’aucune autre entité.
Dès lors, l’affirmation de celui qui prétend que leur argument n’implique la contingence que des corps, à l’exclusion du reste, est infondée. En effet, selon la première hypothèse, tout ce qui n’est pas exempt d’événements est contingent, son apparition étant précédée de non-existence ; or ce qui apparaît après l’inexistence ne saurait procéder d’un Ancien nécessaire par essence et agissant de toute éternité, car ce qui produit par sa propre nécessité depuis l’éternité produit de façon également éternelle et ne génère pas un contingent précédé par le néant. Que cette survenue advienne par l’intermédiaire d’un moyen ou sans moyen, il demeure impossible, dans cette hypothèse, que l’Être nécessaire par Lui-même soit un agent par essence depuis l’éternité.
Par conséquent, il est impossible qu’existe avec Lui quelque coéternel, qu’on le dénomme intellect, âme ou autre. Car, si l’on postulait un intellect ancien mais contingent, il devrait procéder d’une cause parfaite et prééternelle — l’agent nécessaire par essence dans l’éternité — et son effet l’accompagnerait perpétuellement sans jamais le quitter. Dans ce cas, l’apparition d’événements après qu’ils n’existaient pas serait exclue.
Il ressort donc que, si l’on admet que les événements ont un commencement et qu’il est impossible qu’il existe une suite d’événements dépourvue de premier terme, il s’ensuit que le Créateur agit par choix et qu’il n’y a, de toute éternité, absolument aucun coéternel avec Lui.
Dès lors, si les preuves avancées par ces dialecticiens en faveur de la contingence des corps et des accidents sont fondées, la contingence de tout ce qui est autre qu’Allah s’impose nécessairement. Il devient également manifeste que les premiers maîtres de ces dialecticiens étaient plus perspicaces que leurs successeurs et plus efficaces pour réfuter les philosophes et leurs semblables, et que les objections que les tardifs leur ont adressées sont dénuées de validité.