par essence tout en n’étant pas, par essence, un producteur nécessaire ; or c’est là réunir deux contradictoires. Il s’ensuit que la thèse qui soutient la contingence des corps tout en affirmant l’éternité des intellects unit deux opposés et se révèle donc nulle.
Pour éclaircir cela, disons qu’il y a deux options : soit il est admissible qu’Il agisse après n’avoir pas agi, soit cela ne l’est pas. Si l’on admet, comme le font certains théologiens, qu’Il peut agir après s’être abstenu d’agir, alors l’apparition de toute chose autre que Lui devient possible. Si, en revanche, on juge cela impossible, il s’ensuit qu’Il n’a jamais cessé d’agir. Dans ce cas, si l’on affirme qu’Il agit depuis toujours sur une chose après l’autre, la permanence de l’action reste conciliable avec la contingence de tout ce qui est autre que Lui. Mais si l’on prétend qu’Il agit depuis toujours sur une chose déterminée, aucune distinction ne subsiste entre les intellects et le reste des créatures ; maintenir l’éternité des intellects tout en faisant naître les corps est donc contradictoire.
Il apparaît ainsi que la preuve avancée par certains mutakallimûn pour établir la contingence des corps, bien qu’elle soit correcte, entraîne la contingence de tout ce qui n’est pas Allah. L’erreur des théologiens tardifs devient alors manifeste : ils avaient critiqué leurs prédécesseurs, alléguant que leur démonstration touchant la contingence des corps et des accidents ne s’étendait pas à tout ce qui est autre qu’Allah, puisque les intellects et les âmes, admis par les péripatéticiens, pouvaient exister de toute éternité. Ils soutenaient encore que les mutakallimûn n’avaient pas établi une preuve solide réfutant l’existence de réalités autres que les accidents et les corps. Nous avons, ailleurs, invalidé en détail ces affirmations.
Les spécialistes du raisonnement possèdent, pour réfuter cette position, plusieurs méthodes. L’une d’elles consiste à dire que le savoir selon lequel tout contingent est soit un corps soit un accident inhérent à un corps est un savoir évident de soi, comme l’ont déclaré plus d’un maître de la dialectique, tels Abû al-Maʿâlî et d’autres.