et qu’elle est plus corrompue encore que la parole des Qadarites muʿtazilites et d’autres, ainsi que que celle des Kullâbiyya et des diverses écoles du kalâm. En effet, ces philosophes dahris, notamment ceux qui nient les Attributs divins, arguent qu’une cause efficiente parfaite doit nécessairement être concomitante à son effet. Puis ils ajoutent : « Le Seigneur, de toute éternité, doit être une cause efficiente parfaite ; car, s’Il ne l’était pas, il faudrait admettre que la perfection de Son efficacité survienne dans le temps. Or examiner la survenue d’un tel événement revient à examiner celle de n’importe quel autre : on aboutirait alors à une régression infinie, à savoir la survenue d’une infinité de perfectionnements au même instant pour la cause agissante. C’est impossible, aucune école n’ayant jamais admis une chaîne sans fin de causes parfaites. »
Leur argumentation repose donc sur l’impossibilité d’un enchaînement infini de causes efficientes – principe admis par les gens doués de raison – et sur l’impossibilité d’une préférence sans préférant. Les Muʿtazilites, les Kullâbiyya, les Karrâmiyya et autres l’ont réfutée, puisqu’ils estiment qu’un Agent doué de puissance peut opérer une préférence sans qu’intervienne de préférant distinct.
Toutefois, on sait ce que vaut cette réplique : elle ne tient que sur les fondements des Qadarites et des Jahmites. C’est pourquoi la controverse oppose ici Qadarites et dahris – tous deux dans l’erreur, même si les premiers sont relativement moins éloignés de la vérité. On les a toutefois contredits par l’argument de la survenue des événements quotidiens : leur démonstration implique en effet qu’aucun fait nouveau ne devrait apparaître, alors que, manifestement, des faits nouveaux apparaissent.
Cette objection montre bien la fausseté de la preuve, sans toutefois la résoudre ni en dévoiler précisément le vice. Al-Ārmawî, entre autres, a critiqué cette objection ; nous avons démontré la nullité de sa critique et la justesse de l’objection, ainsi que l’ont fait al-Ghazâlî, Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, al-Abharî et d’autres lorsqu’ils s’opposèrent aux philosophes.
Après al-Ārmawî vint al-Hindî, qui se contenta de rapporter cette critique telle quelle, sans y apporter de réponse.